Œuvres, 1712· Odes· Livre premier Odes sacrées
ODE VI. Que rien ne peut troubler la tranquillité
TIRÉE DU PSAUME XC Qui habitat in adjutorio Altissimi, etc. DE CEUX QUI S’ASSURENT EN DIEU
Celui qui mettra sa vieSous la garde du Très-HautRepoussera de l’envieLe plus dangereux assaut.Il dira : Dieu redoutable,C’est dans ta force indomptableQue mon espoir est remis :Mes jours sont ta propre cause ;Et c’est toi seul que j’opposeA mes jaloux ennemis.
Pour moi, dans ce seul asile,Par ses secours tout-puissants.Je brave l’orgueil stérileDe mes rivaux frémissants.En vain leur fureur m’assiège :Sa justice rompt le piègeDe ces chasseurs obstinés :Elle confond leur adresse.Et garantit ma faiblesseDe leurs dards empoisonnés.
O toi, que ces cœurs férocesComblent de crainte et d’ennui,Contre leurs complots atrocesNe cherche point d’autre appui.Que sa vérité propiceSoit contre leur artificeTon plus invincible mur :Que son aile tutélaireContre leur âpre colèreSoit ton rempart le plus sûr.
Ainsi, méprisant l’atteinteDe leurs traits les plus perçants,Du froid poison de la crainteTu verras tes jours exempts ;Soit que le jour sur la terreVienne éclairer de la guerreLes implacables fureurs ;Ou soit que la nuit obscureRépande dans la natureSes ténébreuses horreurs.
Mais que vois-je ? quels abîmesS’entr’ouvrent autour de moi !Quel déluge de victimesS’offre à mes yeux pleins d’effroi !Quelle épouvantable imageDe morts, de sang, de carnage,Frappe mes regards tremblants !Et quels glaives invisiblesPercent de coups si terriblesCes corps pâles et sanglants !
Mon cœur, sois en assurance,Dieu se souvient de ta foi ;Les fléaux de sa vengeanceN’approcheront point de toi.Le juste est invulnérable :De son bonheur immuableLes anges sont les garants ;Et toujours leurs mains propicesA travers les précipicesConduisent ses pas errants.
Dans les routes ambiguësDu bois le moins fréquenté,Parmi les ronces aiguësIl chemine en liberté ;Nul obstacle ne l’arrête :Ses pieds écrasent la têteDu dragon et de l’aspic :Il affronte avec courageLa dent du lion sauvage,Et les yeux du basilic.
Si quelques vaines faiblessesTroublent ses jours triomphants,Il se souvient des promessesQue Dieu fait à ses enfants.A celui qui m’est fidèle,Dit la Sagesse éternelle,J’assurerai mes secours ;Je raffermirai sa voie,Et dans des torrents de joieJe ferai couler ses jours.
Dans ses fortunes diversesJe viendrai toujours à lui ;Je serai dans ses traversesSon inséparable appui :Je le comblerai d’annéesPaisibles et fortunées ;Je bénirai ses desseins :Il vivra dans ma mémoire,Et partagera la gloireQue je réserve à mes saints.
90 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources