Œuvres, 1712· Poésies diverses
Épithalame
De votre fête, Hymen, voici le jour :N’oubliez pas d’en avertir l’Amour.
Quand Jupiter, pour complaire à Cybèle.Eut pris congé du joyeux célibat,Il épousa, malgré la parentèle,Sa sœur Junon, par maximes d’État.Noces jamais ne firent, tel éclat :Jamais Hymen ne se fit tant de fête.Mais au milieu du céleste apparat,Vénus, dit-on, crioit à pleine tête :
De votre fête, Hymen, voici le jour :N’oubliez pas d’en avertir l’Amour.
Vénus parloit en déesse sensée.Hymen agit en dieu très-imprudent :L’enfant ailé sortit de sa pensée,Dont contre lui l’Amour eut une dent.Et de là vint que, de colère ardent,Le petit dieu toujours lui fit la guerre,L’angariant, le vexant, l’excédantEn cent façons, et chassant sur sa terre.
De votre fête, Hymen, voici le jour :N’oubliez pas d’en avertir l’Amour.
Malheur, dit-on, est bon à quelque chose.Le blond Hymen maudissoit son destin,Et même Amour, qui jamais ne repose,Lui déroba sa torche un beau matin.Le pauvre dieu pleura, fit le lutin.Amour est tendre et n’a point de rancune :Tiens, lui dit-il, ne sois plus si mutin ;Voilà mon arc, va-t’en chercher fortune.
De votre fête, Hymen, voici le jour :N’oubliez pas d’en avertir l’Amour.
Hymen d’abord se met en sentinelle,Ajuste l’arc, et bientôt aperçoitVenir à lui jeune et gente pucelle,Et bachelier propre à galant exploit.Hymen tira, mais si juste et si droit,Que Cupidon même ne s’en put taire :Ho ! ho ! dit-il, le compère est adroit ;C’est bien visé ! Je n’eusse pu mieux faire.
Amour, Hymen, vous voilà bien remis :Mais, s’il se peut, soyez longtemps amis,
Or, voilà donc, par les mains d’Hyménée,D’un trait d’Amour deux jeunes cœurs blessés.J’ai vu ce dieu, de fleurs la tète ornée,Les brodequins de perles rehaussés.Le front modeste, et les regards baissés.En robe blanche il marchoit à la fête,Et, conduisant ces amants empressés,Il étendoit son voile sur leur tête.
Amour, Hymen, vous voilà bien remis ;Mais, s’il se peut, soyez longtemps amis.
Que faisoient lors les enfants de Cythère ?Ils soulageoient Hymen en ses emplois.L’un de flambeaux éclairoit le mystère,L’autre du dieu dictoit les chastes lois.Ceux-ci faisoient résonner le hautbois.Ceux-là dansoient pavane façonnée :Et tous chantoient en chœur à haute voix :Hymen, Amour ! Amour, ô Hyménée !
Amour, Hymen, vous voilà bien remis ;Mais, s’il se peut, soyez longtemps amis.
En fin finale, après maintes orgies,Au benoît lit le couple fut conduit.Le bon Hymen, éteignant les bougies,Leur dit : Enfants, bonsoir et bonne nuit !Lors Cupidon s’empara du réduit.Puis maints Amours de rire et de s’ébattre,Se rigolant, menant joyeux déduit,Et jusqu’au jour faisant le diable à quatre.
Amour, Hymen, vous voilà bien remis ;Mais, s’il se peut, soyez longtemps amis.
Par tel moyen, entre ces dieux illustresL’accord fut fait et le traité conclu.Jeunes époux, faites que de vingt lustresTraité si doux point ne soit résolu ;Et puissiez-vous, devant l’an révolu,Tant opérer, que d’une aimable mèreNaisse, un beau jour, quelque petit joufflu,Digne des vœux de l’aïeul et du père !
80 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources