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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Odes· Livre premier Odes sacrées

ODE V. Idée de la véritable grandeur des roi

TIRÉE DU PSAUME LXXI Deus, judicium luum régi da, etc.

Jean-Baptiste Rousseau· 100 vers

O Dieu, qui, par un choix propice.Daignâtes élire entre tousUn homme qui fût parmi nousL’oracle de votre justice.Inspirez à ce jeune roi,Avec l’amour de votre loiEt l’horreur de la violence,Cette clairvoyante équitéQui.de la fausse vraisemblanceSait discerner la vérité !

Que par des jugements sévèresSa voix assure l’innocent :Que de son peuple gémissantSa main soulage les misères :Que jamais le mensonge obscurDes pas de l’homme libre et purN’ose à ses yeux souiller la trace :Et que le vice fastueuxNe soit point assis à la placeDu mérite humble et vertueux.

Ainsi du plus haut des montagnesLa paix et tous les dons des cieux,Comme un fleuve délicieux,Viendront arroser nos campagnes.Son règne à ses peuples chérisSera ce qu’aux champs défleurisEst l’eau que le ciel leur envoie ;Et, tant que luira le soleil,L’homme, plein d’une sainte joie,Le bénira dès son réveil.

Son trône deviendra l’asileDe l’orphelin persécuté :Son équitable austéritéSoutiendra le foible pupille.Le pauvre, sous ce défenseur,Ne craindra plus que l’oppresseurLui ravisse son héritage :Et le champ qu’il aura seméNe deviendra plus le partageDe l’usurpateur affamé.

Ses dons, versés avec justice,Du pâle calomniateurNi du servile adulateurNe nourriront point l’avarice ;Pour eux son front sera glacé.Le zèle désintéressé,Seul digne de sa confidence,Fera renaître pour jamaisLes délices et l’abondance,Inséparables de la paix.

Alors sa juste renommée,Répandue au delà des mers.Jusqu’aux deux bouts de l’universAvec éclat sera semée :Ses ennemis humiliésMettront leur orgueil à ses pieds :Et, des plus éloignés rivages,Les rois, frappés de sa grandeur,Viendront par de riches hommagesBriguer sa puissante faveur.

Ils diront : Voilà le modèleQue doivent suivre tous les rois ;C’est de la sainteté des loisLe protecteur le plus fidèle.L’ambitieux immodéré,Et des eaux du siècle enivré.N’ose paraître en sa présence :Mais l’humble ressent son appui :Et les larmes de l’innocence,Sont précieuses devant lui.

De ses triomphantes annéesLe temps respectera le cours ;Et d’un long ordre d’heureux joursSes vertus seront couronnées.Ses vaisseaux, par les vents poussés,Vogueront des climats glacésAux bords de l’ardente Libye :La mer enrichira ses ports ;Et pour lui l’heureuse ArabieÉpuisera tous ses trésors.

Tel qu’on voit la tête chenueD’un chêne, autrefois arbrisseau,Égaler le plus haut rameauDu cèdre caché dans la nue :Tel, croissant toujours en grandeur,Il égalera la splendeurDu potentat le plus superbe ;Et ses redoutables sujetsSe multiplieront comme l’herbeAutour des humides marais.

Qu’il vive, et que dans leur mémoireLes rois lui dressent des autels !Que les cœurs de tous les mortelsSoient les monuments de sa gloire !Et vous, ô maître des humains,Qui de vos bienfaisantes mainsFormez les monarques célèbres,Montrez-vous à tout l’univers,Et daignez chasser les ténèbresDont nos foibles veux sont couverts !

100 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources