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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Odes· Livre deuxième

ODE XIV. Imitée d’Horace

Lydia, die, per omnes, etc. et Quis multa gracilis te puer in rosa.

Jean-Baptiste Rousseau· 50 vers

Quel charme, beauté dangereuse,Assoupit ton nouveau Paris ?Dans quelle oisiveté honteuseDe tes yeux la douceur flatteuseA-t-elle plongé ses esprits ?

Pourquoi ce guerrier inutileCherche-t-il l’ombre et le repos ?D’où vient que, déjà vieil Achille,Il suit le modèle stérileDe l’enfance de ce héros ?

En proie au plaisir qui l’enchante,Il laisse endormir sa raison,Et de la coupe séduisante,Que le fol amour lui présente,Il boit à longs traits le poison.

Ton accueil qui le solliciteLe nourrit dans ce doux état.Oh ! qu’il est beau de voir écriteLa mollesse d’un SybariteSur le front brûlé d’un soldat !

De ses langueurs efféminéesIl recevra bientôt le prix :Et déjà ses mains basanées,Aux palmes de Mars destinées,Cueillent les myrtes de Cypris.

Mais qu’il connoît peu quel orageSuivra ce calme suborneur !Qu’il va regretter le rivage !Que je plains le triste naufrageQue lui prépare son bonheur,

Quand les vents, maintenant paisibles,Enfleront la mer en courroux ;Quand pour lui les dieux inflexiblesChangeront en des nuits horriblesDes jours qu’il a trouvés si doux !

Insensé, qui sur tes promessesCroit pouvoir foncier son appui,Sans songer que mêmes tendresses,Mêmes serments, mêmes caressesTrompèrent un autre avant lui !

L’Amour a marqué son supplice :Je vois cet amant irrité,Des dieux accusant l’injustice,Détestant son lâche caprice,Déplorer sa fidélité ;

Tandis qu’au mépris de ses larmes,Oubliant qu’il sait se venger,Tu mets tes attraits sous les armes,Pour profiter des nouveaux charmesDe quelque autre amant passager.

50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources