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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Cantates

CANTATE XVII. L’amant heureux

Jean-Baptiste Rousseau· 53 vers

L’absence m’a fait voir la honte de mon choix,Et je romps la prison où sous de dures loisGémissoit mon âme captive.Mais mon cœur vainement est rentré dans ses droits ;Je n’ai pu retrouver ma raison fugitive,Qu’en la perdant une seconde fois.

Amour, tu finis mes peines,Et mes yeux se sont ouverts :Mais, pour soulager mes chaînes,Faut-il me donner des fers ?

Mon cœur, sauvé de l’orage,N’en est que plus agité ;Et je sors de l’esclavageSans trouver la liberté.

Amour, tu finis mes peines,Et mes yeux se sont ouverts :Mais, pour soulager mes chaînes,Faut-il me donner des fers ?

Mais que dis-je, insensé ? Je m’abuse moi-même ;Ce ne sont point des fers que je romps en ce jour :Non, jusqu’à ce moment je n’ai point eu d’amour,C’est la première fois que j’aime.

Un feu séditieuxBrûle au fond de mon âme,Et d’une humide flammeFait pétiller mes yeux.

D’un poison que j’ignoreMon sang est allumé ;Et des feux du CentaureHercule consuméLanguissoit moins encore,Que mon cœur enflammé.

Toutefois, au milieu de ma douleur profonde,Je vous rends grâce, ô dieux ! du trouble de mes sens ;Et quand votre colère, en cruautés féconde,M’accablerait de maux encore plus pressants,Vous ne sauriez m’ôter l’amour que je ressens,Et c’est sur cet amour que mon bonheur se fonde.

Aimable souffrance,Charmantes langueurs,Votre violenceFait la récompenseDes sensibles cœurs.

La beauté nouvelleDont je suis la loiMe rendra fidèle :Je vivrai pour elleBien plus que pour moi.

Aimable souffrance,Charmantes langueurs,Votre violenceFait la récompenseDes sensibles cœurs.

53 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources