Œuvres, 1712· Cantates
CANTATE III. Le triomphe de l’amour
Filles du Dieu de l’univers,Muses, que je me plais dans vos douces retraites !Que ces rivages frais, que ces bois toujours vertsSont propres à charmer les âmes inquiètes !Quel cœur n’oublieroit ses tourmentsAu murmure flatteur de cette onde tranquille ?Qui pourroit résister aux doux ravissementsQu’excite votre voix fertile ?Non, ce n’est qu’en ces lieux charmantsQue le parfait bonheur a choisi son asile.
Heureux qui de vos doux plaisirsGoûte la douceur toujours pure !Il triomphe des vains désirs,Et n’obéit qu’à la nature.
Il partage avec les hérosLa gloire qui les environne ;Et le puissant dieu de DélosD’un même laurier les couronne.
Heureux qui de vos doux plaisirsGoûte la douceur toujours pure !Il triomphe des vains désirs,Et n’obéit qu’à la nature.
Mais que vois-je, grands dieux ? quels magiques effortsChangent la face de ces bords !Quelles danses ! quels jeux ! quels concerts d’allégresse !Les Grâces, les Plaisirs, les Pas et la Jeunesse,Se rassemblent de toutes parts.Quel songe me transporte au-dessus du tonnerre ?Je ne reconnois point la terreAu spectacle enchanteur qui frappe mes regards.
Est-ce la cour suprêmeDu souverain des dieux ?Ou Vénus elle-mêmeDescend-elle des cieux ?
Les compagnes de FloreParfument ces coteaux ;Une nouvelle AuroreSemble sortir des eaux,Et l’Olympe se doreDe ses feux les plus beaux.
Est-ce la cour suprêmeDu souverain des dieux ?Ou Vénus elle-mêmeDescend-elle des cieux ?
Nymphes, quel est ce dieu qui reçoit votre hommage ?Pourquoi cet arc et ce bandeau ?Quel charme en le voyant, quel prodige nouveauDe mes sens interdits me dérobe l’usage ?Il s’approche, il me tend une innocente main :Venez, cher tyran de mon âme,Venez, je vous fuirois en vain,Et je vous reconnois à ces traits pleins de flammeQue vous allumez dans mon sein.
Adieu, Muses, adieu : je renonce à l’envieDe mériter les biens dont vous m’avez flatté,Je renonce à ma liberté :Sous de trop douces lois mon âme est asservie,Et je suis plus heureux dans ma captivité,Que je ne le fus de ma vie,Dans le triste bonheur dont j’étois enchanté.
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources