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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Odes· Livre premier Odes sacrées

ODE II. Mouvements d’une âme qui s’élève a la Connoissance de dieu par la contemplation de ses ouvrages

TIRÉE DU PSAUME XVIII Coeli enarrant gloriam Dei, etc.

Jean-Baptiste Rousseau· 80 vers

Les cieux instruisent la terreA révérer leur auteur :Tout ce que leur globe enserreCélèbre un Dieu créateur.Quel plus sublime cantiqueQue ce concert magnifiqueDe tous les célestes corps ?Quelle grandeur infinie !Quelle divine harmonieRésulte de leurs accords !

De sa puissance immortelleTout parle, tout nous instruit :Le jour au jour la révèle,La nuit l’annonce à la nuit.Ce grand et superbe ouvrageN’est point pour l’homme un langageObscur et mystérieux :Son admirable structureEst la voix de la nature,Qui se fait entendre aux yeux.

Dans une éclatante voûteIl a placé, de ses mains,Ce soleil qui dans sa routeÉclaire tous les humains.Environné de lumière,Cet astre ouvre sa carrièreComme un époux glorieuxQui, dès l’aube matinale,De sa couche nuptialeSort brillant et radieux.

L’univers, à sa présence,Semble sortir du néant.Il prend sa course, il s’avanceComme un superbe géant.Bientôt sa marche fécondeEmbrasse le tour du mondeDans le cercle qu’il décrit ;Et, par sa chaleur puissante,La nature languissanteSe ranime et se nourrit.

O que tes œuvres sont belles,Grand Dieu ! quels sont tes bienfaits !Que ceux qui te sont fidèlesSous ton joug trouvent d’attraits !Ta crainte inspire la joie :Elle assure notre voie ;Elle nous rend triomphants :Elle éclaire la jeunesse,Et fait briller la sagesseDans les plus foibles enfants.

Soutiens ma foi chancelante,Dieu puissant ; inspire-moiCette crainte vigilanteQui fait pratiquer ta loi.Loi sainte, loi désirable,Ta richesse est préférableA la richesse de l’or ;Et ta douceur est pareilleAu miel dont la jeune abeilleCompose son cher trésor.

Mais sans tes clartés sacrées,Qui peut connoître, Seigneur,Les foiblesses égaréesDans les replis de son cœur ?Prête-moi tes feux propices :Viens m’aider à fuir les vicesQui s’attachent à mes pas ;Viens consumer par ta flammeCeux que je vois dans mon âme.Et ceux que je n’y vois pas.

Si de leur cruel empireTu veux dégager mes sens ;Si tu daignes me sourire,Mes jours seront innocents.J’irai puiser sur ta traceDans les sources de ta grâce ;Et, de ses eaux abreuvé,Ma gloire fera connoîtreQue le Dieu qui m’a fait naîtreEst le Dieu qui m’a sauvé.

80 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources