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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Odes· Livre premier Odes sacrées

ODE XI. Sur les dispositions que l’homme doit apporter a la prière

TIRÉE DU PSAUME XLIX Deus deorum Dominus locutus est, et vocavit terram, etc.

Jean-Baptiste Rousseau· 90 vers

Le Roi des cieux et de la terreDescend au milieu des éclairs :Sa voix, comme un bruyant tonnerre,S’est fait entendre dans les airs.Dieux mortels, c’est vous qu’il appelle !Il tient la balance éternelleQui doit peser tous les humains :Dans ses yeux la flamme étincelle,Et le glaive brille en ses mains.

Ministres de ses lois augustes,Esprits divins qui le servez,Assemblez la troupe des justesQue les œuvres ont éprouvés ;Et de ces serviteurs utilesSéparez les âmes servilesDont le zèle, oisif en sa foi,Par des holocaustes stérilesA cru satisfaire à la loi.

Allez, saintes Intelligences,Exécuter ses volontés ;Tandis qu’à servir ses vengeancesLes cieux et la terre invités,Par des prodiges innombrables,Apprendront à ces misérablesQue le jour fatal est venu,Qui fera connoître aux coupablesLe juge qu’ils ont méconnu.

Écoutez ce juge sévère,Hommes charnels, écoutez tous :Quand je viendrai dans ma colèreLancer mes jugements sur vous,Vous m’alléguerez les victimesQue sur mes autels légitimesChaque jour vous sacrifiez ;Mais ne pensez pas que vos crimesPar là puissent être expiés.

Que m’importent vos sacrifices,Vos offrandes et vos troupeaux ?Dieu boit-il le sang des génisses ?Mange-t-il la chair des taureaux ?Ignorez-vous que son empireEmbrasse tout ce qui respireEt sur la terre et dans les mers,Et que son souffle seul inspireL’âme à tout ce vaste univers ?

Offrez, à l’exemple des anges,A ce Dieu votre unique appui,Un sacrifice de louanges,Le seul qui soit digne de lui.Chantez, d’une voix ferme et sûre,De cet auteur de la natureLes bienfaits toujours renaissants :Mais sachez qu’une main impurePeut souiller le plus pur encens.

Il a dit à l’homme profane :Oses-tu, pécheur criminel,D’un Dieu dont la loi te condamneChanter le pouvoir éternel,Toi qui, courant à ta ruine,Fus toujours sourd à ma doctrine,Et, malgré mes secours puissants,Rejetant toute discipline,N’as pris conseil que de tes sens ?

Si tu voyois un adultère,C’étoit lui que tu consultais ;Tu respirois le caractèreDu voleur que tu fréquentois.Ta bouche abondoit en malice,Et ton cœur, pétri d’artifice,Contre ton frère encouragé,S’applaudissoit du précipiceOù ta fraude l’avoit plongé.

Contre une impiété si noireMes foudres furent sans emploi ;Et voilà ce qui t’a fait croireQue ton Dieu pensoit comme toi :Mais apprends, homme détestable,Que ma justice formidableNe se laisse point prévenir,Et n’en est pas moins redoutable,Pour être tardive à punir.

Pensez-y donc, âmes grossières,Commencez par régler vos mœurs ;Moins de faste dans vos prières,Plus d’innocence dans vos cœurs.Sans une âme légitiméePar la pratique confirméeDe mes préceptes immortels,Votre encens n’est qu’une fuméeQui déshonore mes autels.

90 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources