Œuvres complètes, 1659· Première partie.
Cassation de Soudrilles
Porteurs de seringues à feu,Petits bastards de Salmonée,Pour Dieu ! retirez-vous un peu,Puis que la guerre est terminée.
Valets de pique, faites flus :La France, qui vous congedie,Veut que vous ne luy serviez plusQu’à vendanger en Normandie.
Sergents, qui sous un attelierAviez levé tant de pagnottes,Pendez le glaive au ratelier,Et chiez dans vos bourguignottes.
Enseignes, pliez vos drapeauxSous qui la valeur se gouverne,Et vous rengez à grands troupeauxSous celuy de quelque taverne.
Lieutenans qui craignez le chocqPlus qu’un muguet ne craint la foule,Mettez bas vos plumes de coq,Dont vous avez mangé la poule.
Capitaines, mauvais garçons,Si l’on en croit vos cadenettes,Allez sur quelques limaçonsDépuceler vos daguenettes.
Tambours, les violons de Mars,Qu’on batte aux champs de mains legeres,Pour mener tous ces beaux soudarsEn garnison droit à Fougeres !
Là, chargez d’un pesant mousquet,Qu’ils fassent bien soigneuse garde,Chantans auprès d’un tourniquetLa robinette et la guimbarde.
Là, d’un ventre-bieu ! qui va là ?Dit d’une trongne furibonde,Sans voir ny cecy, ny cela,Qu’ils fassent trembler tout le monde.
Là, pour faire les vieux routiers,Et qu’avec crainte on les entende,Qu’en bons termes de savetiersIls parlent du siege d’Ostende.
Là, de maint fascheux horion,Qu’un caporal nommé la CocqueVous leur sangle le morionJusques à la nique et la noque.
Là, que d’un maintien importun,Sur leurs murailles esbrechées,Ils soufflent au lieu de petunDes feuilles de choux mal sechées.
Là, dans les affaires d’estat,Plus avant que porcs dans la boue,Qu’ils depeignent comme AlberstatDeconfit le brave Cordoue.
Là, qu’un gascon, en exaltantSon excelence, ou son altesse,Baille pour bel argent contantSes hauts exploits à son hostesse.
Et concluant par un : Et donc !Ses beaux discours tous pleins d’emphaze,Qu’il luy montre qu’un pied de longLe peut faire passer pour aze.
Mais encor, Muse, en nous gaussantD’une si leste infanterie,Faut-il dire un mot en passantA la pauvre gendarmerie.
Chevaliers, l’effroy des poulets,Faites des broches de vos lames,Et ne bandez vos pistoletsQue pour descharger sur les dames.
68 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources