Œuvres complètes, 1659· Seconde partie
Elegie
Amarante est malade, et je ne suis pas mort !Ha ! c’est trop balancé ! terminons notre sort,Et ne permettons pas qu’une crainte honteuseRende aux siecles futurs ma passion douteuse !Si je vis un moment, si de ma propre mainJe ne suis à ce coup à moy-mesme inhumain,Ma froide lascheté, deshonorant ma flame,Du tiltre d’imposteur me causera le blame ;On tiendra mes soupirs pour aussi mensongersQu’ils sont de leur nature ardents, prouts et legers ;Mes langueurs, mes regrets, mes plus saintes paroles ;Passeront en amour pour des contes frivoles ;On dira que mes pleurs, on dira que mes crisDont le son mesme est peint en mes tristes escrits,N’estant point d’un vray mal les lamentables signes,D’une juste pitié seront vrayment indignes ;Et que, puis que mon œil sans en estre reduitDans la profonde horreur de l’eternelle nuitA bien pû voir souffrir tant d’attraits et de charmes,Il ne merite point que l’on croye à ses larmes.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources