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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1659· Première partie.

La berne

Marc-Antoine Girard de Saint-Amant· 112 vers

Excroqueuse de gringuenaude,Avec ton nez à chiquenaude,Où pend pour enseigne un morveau,Que ton gros cocu, Jean le Veau,Avalle en guise d’huistre verte,Alors qu’il leche à gueule ouverteTon chien de groin, qui sent plus fortQue les ϰοῡιλλες d’un asne mort,Il faut enfin que je te tireLes poignants traits d’une satyreDont le stile goinfre et mocqueurT’aille percer jusques au cœur.Tu devrois bien cherir ma muse,Puis qu’à ce coup elle s’amuse,O vieille Amelite aux grands yeux !A te porter dedans les cieux,Mais j’entens avec une berne :C’est ainsi qu’elle s’y gouverne,Et je t’en dy la veritéPour rabattre ta vanité.Chers enfans de la medisance,Qui jadis par toute la FranceFistes valoir mille escus-carsLe moindre de tous vos brocars ;Vous, que Morne en riant advoueEt dont les escrits font la moueA quiconque seroit si sotQue d’en oser reprendre un mot ;Regnier, Berthelot et Sygongne,Empoignez cette castelongne ;Tenez bien, roidissez les coings.Y estes-vous ? serrez les poings,Et faisons sauter jusqu’aux nues,Par des secousses continues,Sans crier jamais c’est assez,Ny que nos bras en soient lassez,Ceste sorciere à triple estage,Qui n’est bonne, pour tout potage,Qu’à faire en l’air des entrechatsComme l’on en voit faire aux chats.Voilà qui va le mieux du monde ;Bons dieux ! oyez comme elle gronde !Quelle grimace ! quel portrait !Un constipé sur un retrait,Un vieux charlatan qui boufonne,Un mulet rongneux qu’on bouchonne,Un singe qui croque des pous,Un mastin assailly des loups,Dom-Quichote dans les escornes,L’Erty quand on luy fait les cornes,Et Perrette en maschant des nois,Font moins de mine trente fois.Voyez, voyez comme elle escume !Voyez comme sa teste fume ! »Je croy qu’elle a le diable au corps :Que jamais n’en soit-il dehors !Messer Sathan, je vous encharge.Et bien au long et bien au large,Qu’elle en puisse crever d’ahan,Et vomir l’ame avec le bran.Ha ! la voylà bien attiffée !Nous allons voir un beau troféeFait d’une coëffe de satin,D’une perruque, d’un patin,D’un busc, d’un collet, d’une houpe,D’un manchon tout gasté de soupe,D’un masque et d’un salle mouchoirQu’en sautant elle a laissé choir.O la plaisante melodieDont mon oreille est etourdie !Chaisne, estuy, clef et pelotonCarillonnans à divers ton,Et se meslans à la rencontreAvec bourse, couteaux et montre,Et mille autres jolivetez,Luy brimballent aux deux costez.Mais qu’est-ce cy, mes camarades ?Voicy d’estranges algarades !On nous en baille, on nous en vent :Nous ne bernons plus que du vent,Et le demon qui la possede,Mieux qu’il ne fit jamais Salcede,La rendant ainsi que vous troisDe l’ordre de la Rose-crois,Droit aux enfers l’a transportée,Pour estre si bien tourmentée,Qu’au prix d’elle les GaufridisPenseront estre en paradis.De grace, officieux fantômes,Si dans l’empire des atômes,Où la mort veut que vous viviez,Par hazard vous la retrouviez,Prenez, au lieu de couverture,Quelque vieux drap de sepulture,Et me la bernez en amy,C’est-à-dire en diable et demy.Mais d’autant qu’il faut estre quatre,Quand vous voudrez vous en esbattre,Je brusle d’un si grand desirD’avoir encore un tel plaisir,Que pour estre de la partieSans dire, ô dure departie !Mon esprit, beaucoup plus disposQu’un grimaut lors qu’il a campos,Quittera sa robe charnelle,Et d’une allegresse eternelle,Que rien ne pourra retarder,S’en ira là-bas vous aider.Grand-Champ, docteur en bernerie,Approuve cette raillerie,Mets-y Nous soussignés au bas,Et tout le monde en fera cas.

112 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources