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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1659· Première partie.

La Pluye

Marc-Antoine Girard de Saint-Amant· 80 vers

A Monsieur DESLANDES-PAYEN, conseiller en la cour de Parlement de Paris.

Enfin, la haute ProvidenceQui gouverne à son gré le temps,Travaillant à nostre abondance,Rendra les laboureurs contens.Sus, que tout le monde s’enfuye !Je voy de loing venir la pluye,Le ciel est noir de bout en bout,Et ses influences benignesVont tant verser d’eau sur les vignes,Que nous n’en boirons point du tout.

L’ardeur grilloit toutes les herbes,Et tel les voyoit consumerQui n’eust pas creu tirer des gerbesAssez de grain pour en semer ;Bref, la terre en cette contrée,D’une beante soif outrée,N’avoit souffert rien de pareilDepuis qu’une audace trop vainePorta le beau fils de ClimeneSur le brillant char du Soleil.

Mais les dieux, mettant bas les armesQue leur font prendre nos pechez,Veulent temoigner par des larmesQue les nostres les ont touchez.Dejà l’humide Iris estaleSon beau demy-cercle d’opaleDedans le vague champ de l’air,Et, pressant mainte epaisse nue,Fait obscurcir à sa venueLe temps qui se monstroit si clair.

Ces pauvres sources epuiséesQui ne couloient plus qu’en langueur,En tressaillent comme fuséesD’une incomparable vigueur ;Je pense, à les voir si hautaines,Que les eaux de mille fontainesOnt ramassé dedans ces lieuxCe qui leur restoit de puissance,Pour aller, par reconnoissance,Au devant de celles des cieux.

Payen, sauvons-nous dans ta sale,Voilà le nuage crevé.O comme à grands flots il devale !Dejà tout en est abbreuvé.Mon Dieu ! quel plaisir incroyable !Que l’eau fait un bruit agreable,Tombant sur ces fueillages verds !Et que je charmerois l’oreille,Si cette douceur nompareilleSe pouvoit trouver en mes vers !

Çà ! que l’on m’apporte une coupeDu vin frais : il en est saison.Puis que Cerès boit à la troupe,Il faut bien luy faire raison ;Mais non pas avec ce breuvageDe qui le goust fade et sauvageNe sçauroit plaire qu’aux sablonsOu qu’à quelque jeune pucelleQui ne bust que de l’eau comme elleAfin d’avoir les cheveux blons.

Regarde à l’abry de ces saulesUn pelerin qui se tapit :Le degoust perce ses espaules,Mais il n’en a point de dépit.Contemple un peu dans cette alléeThibaut, à lamine haslée,Marcher froidement par compas :Le bonhomme sent telle joye,Qu’encore que cette eau le noye,Si ne s’en ostera-t-il pas.

Voy de là dans cette campagneCes vignerons, tous transportez,Sauter comme genets d’Espagne,Se demenans de tous costez ;Entens d’icy tes domestiquesEntrecouper leurs chants rustiquesD’un frequent battement de mains ;Tous les cœurs s’en espanouissent,Et les bestes s’en resjouyssentAussi bien comme les humains.

80 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources