Œuvres complètes, 1659· Première partie.
Le sorcier amoureux
Pour un ballet.
Plus sorcier que n’est ce bel œilQui pourroit tirer du cercueilMa vie aux flâmes destinée,Dès que je voy finir le jourEn qualité de feu d’amourJe m’en vay par la cheminée.
Le demon qui regne au sabbat,Où mon cœur prend son seul ebat,Est l’aimable enfant de Cythere ;Et pour prouver ce que je dyCe n’est jamais qu’au vendredyQue je me treuve à ce mystere.
Les amans y sont bien venusA cause du nom de VenusA qui ce jour-là se dedie ;On y tient le bal comme icy,Et parfois on y joue aussiQuelque amoureuse comedie.
Là ce petit dieu fait des loixQui font trembler mesme les roisDans l’orgueil qui les environne ;Et par un pouvoir indomtéForcent jusqu’à ma libertéDe rendre hommage à sa couronne.
O beauté sans comparaison,O Belise ! à qui ma raisonComme captive rend les armes,Que j’estimeray mon sçavoirSi pour vous prendre il peut avoirEn ce mestier assez de charmes !
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources