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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1659· Première partie.· Suite de la premiere partie des oeuvres Du sieur de saint-amant

Le tombeau de Marmousette

Marc-Antoine Girard de Saint-Amant· 60 vers

Il faut que ma triste musette,O noble et divine catin !Souspire le cruel destinDe vostre pauvre Marmousette ;Il faut que sous ce vieux cyprez,Qui fournit la Parque de traits,Je deplore sa fin estrange,Et que le dueil en soit si beau,Que de la Seine jusqu’au GangeL’on puisse envier son tombeau.

Sus, venez donc en cette place,Non les chiens vilains et hargneux,Mais bien les gentils espagneux,Plaindre l’honneur de vostre race ;Venez pousser autour de moyL’esclat d’un si funeste aboy.Que l’impiteuse canicule,Avec un long ressentiment,Pour hurler comme vous, s’acculeContre l’azur du firmament.

Qu’elle ne soit pas toute seuleA vous respondre en cet ennuy,Mais qu’à mesme effet aujourd’huyCerbere ouvre sa triple gueule.Las ! ce noir portier des enfers,Au col chargé d’horribles fers,A desjà veu là-bas son ombre,Elle a desjà foulé le bordOù vont, dans cet empire sombre,Les chiens heureux après la mort.

O trop lamentable advanture !A peine six fois le croissantL’avoit esclairée en naissant,Qu’elle a trouvé sa sepulture :Ses yeux si gays et si jolys,Son corps qui faisoit honte aux lys,Ses longues oreilles tannées,Et la beauté de son maintien,Contre les fieres destinées,A ses jours n’ont servy de rien.

Il est bien vray que, quand on penseA la main qui fist son trespas,On y rencontre tant d’appas,Que son malheur s’en recompense ;Un coup de mail inopinéFatalement luy fut donnéPar sa chere maistresse mesme :Hé ! pouvoit-elle perir mieuxQue par ce miracle supreme,De qui l’œil fait mourir les dieux !

Non, non, ô la reine des charmes !Sa gloire est sans comparaison,Et c’est avec juste raison,Que je veux terminer mes larmes ;Aussi bien, après la pitiéQu’en tesmoigne vostre amitié,La mienne auroit mauvaise grace.Tay-toy donc, ma musette, icy,Et dy seulement à voix basseQue je voudrois finir ainsi.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources