Œuvres complètes, 1659· Troisiesme partie
Sonnet
Sur la moisson d’un lieu proche de Paris.
Plaisirs d’un noble amy qui sçait cherir ma veineMeslanges gracieux de prez et de guerets,Rustique amphitheatre, où de sombres forestsS’eslevent chef sur chef pour voir couler la Seine.
Delices de la veue, aymable et riche pleine !On s’en va mettre à bas les tresors de Cerès,Que l’on voit ondoyer comme un vaste marestsQuand il est agité d’une legere haleine.
L’or tombe sous le fer ; desjà les moissonneurs,Despouillant les sillons de leurs jaunes honneurs,La desolation rendent et gaye et belle.
L’utile cruauté travaille au bien de tous,Et nostre œil satisfait semble dire à Cybelle :Plus le ravage est grand, plus je le trouve dous.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources