Œuvres complètes, 1659· Première partie.
Sur un depart
A la mesme Dame.
Me dois-je preparer à ce funeste jourOù, malgré mon ardeur fidelle,Le destin me contraigne, à la honte d’amour,A trahir ma déesse et me separer d’elle ?Helas ! je n’y puis consentir,Et toutesfois il faut partir.
Beaux yeux, que direz-vous de tant de faux sermens ?Que diray-je pour ma deffence ?Croira-t’on aujourd’huy qu’à force de tourmensJe puisse desormais en esteindre l’offence,Et pourrez-vous bien consentirA me laisser vivre et partir ?
Ouy, vous le permettrez, ô beaux yeux, je le croy,Puis que la gloire vous sert d’ame,Et que vous voyez bien, au milieu de ma foy,Qu’à suivre le dieu Mars c’est elle qui m’enflame.Ainsi vous devez consentirA me laisser vivre et partir.
Là, dedans les perils, j’espère en la valeur,Que par quelque victoire insigneMe faisant couronner, en depit du malheur,De servir vos beautez je me rendray plus digne ;Si bien qu’il vous faut consentirA me laisser vivre et partir.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources