Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Notes et sonnets Faisant suite aux pensées d’août
À M. le comte molé
LE TOMBEAU DE DELILLE
Sur ce brillant tombeau qui connut de beaux jours,Où pleuvait l’immortelle, où riait la verdure,Que l’admiration bercail de son murmure,Qu’un long soleil de gloire embrassa dans son cours,
Le temps vient ; tout succède, et les neveux sont sourds.Seule, une vieille sœur, qui ne sait pas l’injure,Croit au poëte mort : pour offrande et parurePlus de fleurs que le peu qu’elle apporte toujours !
Mais l’hiver… mais si pauvre,… hélas ! reviendra-t-elle ?Tu l’as su : dès demain, sur le marbre fidèle,(Bienfait tout embelli qu’enchante un noble égard !)
Elle trouve, en changeant la couronne fanée,La bûche du foyer, le pain de la journée,La goutte d’un vin pur, cher au cœur du vieillard !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources