Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Un dernier rêve· Sonnets à deux sœurs
I. À mademoiselle Frédérique
Pour qu’en parole, en vers mélodieux,De sa jeune âme à la forme si belleUn chant s’exhale, il lui faut, nous dit-elle,Tristesse au cœur et des pleurs dans ses yeux,
Il faut que Celle à qui l’azur des cieuxDès le berceau colora la prunelle,Et qui répand le bonheur autour d’elle,Ressente moins ce qu’on lui doit le mieux.
Oh ! s’il est vrai, sur sa lèvre si pure,Ô Poësie, arrête ton murmure ;Vers et soupirs, n’en soulève plus un.
Comme une abeille encore ensommeilléeQue la rosée odorante a mouillée,Dors au calice, ou ne sois qu’un parfum !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources