Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Notes et sonnets Faisant suite aux pensées d’août
Le dernier des onze sonnets
DE CHARLES LAMB TRADUIT
Hélas ! répondez-moi, qu’est-elle devenueMATHURIN RÉGNIER, Stances.
Nous étions deux enfants à passer notre enfance,Mais Elle si charmante et plus jeune que moi ;Nous vivions d’une égale et mutuelle foi,Et cette sœur aimable avait nom Innocence.
Nous aurions tous les deux pleuré pour une absence.Mais voilà qu’un matin l’Orgueil me prend : « Et Toi,N’es-tu pas homme enfin ? » Il dit, et je le croi ;Je me mêle à la foule, et l’air impur m’offense,
Ma jeune amie en pleurs s’enfuit à cet affront,Cachant dans ses deux mains la rougeur de son front :Je la perdis alors dans la forêt profonde.
Ô douce Bien-Aimée, où donc a-t-elle fui ?Dites, quel chaste Éden me la cache aujourd’hui ?Que je la cherche encor, fût-elle au bout du monde !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources