Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Un dernier rêve
Sonnet
J’ai fait le tour des choses de la vie :J’ai bien erré dans le monde de l’art :Cherchant le beau, j’ai poussé le hasard :Dans mes efforts la grâce s’est enfuie !
À bien des cœurs où la joie est ravie,J’ai demandé du bonheur, mais trop tard !À maint orage, éclos sous un regard,J’ai dit : Renais, ô flamme évanouie !
Et j’ai trouvé, bien las enfin et mûr,Que pour l’art même et sa beauté plus vive,Il n’est rien tel qu’une grâce naïve :
Et qu’en bonheur il n’est charme plus sûr.Fleur plus divine aux gazons de la rive,Qu’un jeune cœur embelli d’un front pur !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources