Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Pensées d’août Octobre 1837
Sonnet
À MADAME M.
Quoi ! vous voulez, par bonté, quelquefois,Pour épargner ma paupière un peu tendre,Un peu lassée, au soir, me faire entendre,Lu par vous-même, un livre de mon choix !
Vous liriez tout, Fauriel et Gaulois ;Et le sujet, à fond, me viendrait prendre,Dans le fauteuil où j’oserais m’étendre,Indifférent à l’accent de la voix !
Mais votre voix, c’est la couleuvre vive,Insinuante et limpide et furtive,Col gracieux et de gris nuancé !
La voir courir est chose trop peu sûre ;Elle est sans dard, et je crains sa piqûre ;Ou, tout au moins, je crains d’être enlacé.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources