Poésies de sainte-Beuve, 1829· Suite de joseph Delorme
I. « Amie, il faut aimer quand le feu couve encore »
— Je ne veux plus, je ne chercherai plus, me disait-elle
— Je répondais :
Amie, il faut aimer quand le feu couve encoreEt qu’une main fidèle en refait les apprêts ;Il faut rendre à l’autel ce qui tout bas dévoreEt qu’on regrette après.
Il faut aimer tandis que l’âme endolorieN’a laissé qu’un éclair au front inaltéré.Et qu’à de jeunes yeux l’amant soumis s’écrie :« Par toi je revivrai ! »
Amie, il faut aimer pour qu’à l’heure où tout passe,À l’âge où toutes fleurs quitteront le chemin,Dans les landes du soir, en entrant, tête basse,Nous nous serrions la main.
Il faut aimer pour l’heure où les suprêmes transesDans un sein qui se brise éteindront les soupirs :Le dernier nous rendra toutes les espérancesEt tous les souvenirs !
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources