Poésies de sainte-Beuve, 1829· Suite de joseph Delorme
II. Chanson
Dans des coins bleus parsemés d’or,(Sans trop le dire)Il faut qu’on cache âme et trésor,Et doux martyre.
Quand tout déborde en l’univers,Quand nul n’a honte ;Quand la rumeur sur tous concertsÉtouffe et monte ;
Quand va l’injure au front d’acier,Et la huée,Et la louange, au plus grossierProstituée ;
Quand le talent trop virginal,S’il ne renie,S’il ne baise au pied l’infernal,N’a qu’avanie ;
Quand c’est le règne du méchant,Ou du cupide,Ou du cœur sourd pour qui le chantN’est qu’un son vide ;
Oh ! s’il se peut, s’il est encorLieux où l’on fuie,Dans des coins bleus parsemés d’or,Cachons la vie !
Moi, j’en sais un, bien bien, bien pur,Où Beauté siège.Beauté sans fard, lis dans l’azur,Candeur de neige ;
Ou Reine ou Muse, essor de cœurEt fantaisie !Valmore y vient, comme une sœurEn poésie.
Là, chaque jour, je veux venir,Ô Bien-aimée ;Dans ton doux règne il faut tenirL’âme enfermée ;
Soumission, amour sans fin,Joie ou martyre ;Pleurs sur les mains, pleurs sur un seinQui bas soupire.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources