Poésies de sainte-Beuve, 1829· Suite de joseph Delorme
III. « Quand votre père octogénaire »
Quand votre père octogénaireApprend que vous viendrez visiter le manoir,Ce front tout blanchi qu’on vénèreDe plaisir a rougi, comme d’un jeune espoir.
Ses yeux, où pâlit la lumière,Ont ressaisi le jour dans un éclair vermeil,Et d’une larme à sa paupièreL’étincelle allumée a doublé le soleil.
Il vous attend : triomphe et joie !Des rameaux sous vos pas ! chaque marbre a sa fleur.Le parvis luit, le toit flamboie,Et rien ne dit assez la fête de son cœur.
Moi qui suis sans flambeaux de fête ;Mol qui n’ai point de fleurs, qui n’ai point de manoir,Et qui du seuil jusques au faîteN’ornerai jamais rien pour vous y recevoir ;
Qui n’ai point d’arbres pour leur direCe qu’il faut agiter dans leurs tremblants sommets,Ce qu’il faut taire ou qu’il faut bruire ;Chez qui, même en passant, vous ne viendrez jamais ;
Dans mon néant, ô ma Princesse,Oh ! du moins j’ai mon cœur, la plus haute des tours ;Votre idée y hante sans cesse ;Vous entrez, vous restez, vous y montez toujours.
Là, dans l’étroit et sûr espace,Vous monterez sans fin par l’infini degré ;Amie, et si vous êtes lasse.Plus haut, montant toujours, je vous y porterai.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources