Poésies de sainte-Beuve, 1829· Suite de joseph Delorme
XVII. « Printemps qui sitôt rachète »
Printemps qui sitôt rachèteLes mois perdus et les ans !Fraîcheur facile et parfaiteAu sortir des maux pesants !Germes que la terre enfante,Désirs dont l’âme s’enchante,Après d’amères rigueurs !Prompt oubli dans la vallée,Source en nous renouvelée,Rajeunissement des cœurs !
Hier la grêle et la tempêteSur nous roulaient en éclats ;Aujourd’hui nous avons fêteDans la plaine des lilas.La sève, un temps endormie,Partout monte, ô mon Amie,Et va féconder l’été.Tes pleurs coulent, même signe ;Comme les pleurs de la vigne,Ce n’est que luxe et beauté.
Combien tient-il de jeunessesDans un seul cœur de mortel ?Combien de fois les promessesNous font-elles arc-en-ciel ?Jusqu’à ce que l’ombre règneEt que la vieillesse éteigneCes flambeaux qu’Amour ornait ;Jusqu’à ce que le mystèreDe la tombe nous enserreSous le gazon qui renaît !
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources