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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La Justice, 1878· Seconde partie Appel au cœur

Huitième veille

LA CONSCIENCE

René-François Sully Prudhomme· distiques, alexandrins, 332 vers

Sur les astres fermons,‖ cette nuit, ma fenêtre :Si contempler est doux,‖ il est beau de connaître ;Fermons même les yeux,‖ et, le front dans la main,Entrons dans l'ombre intime‖ à fond jusqu'à demain.

I

Où sont les abandons,‖ les gaîtés de naguères,Quand, fort de la coutume‖ et de la foi vulgaires,Je savais me laisser‖ par le jour éblouirEt des biens de la vie‖ aveuglément jouir ?Je me sens aujourd'hui‖ la pensée en détresse,Et je ne prends plus part‖ à la commune ivresse.J'y demeure étranger,‖ comme un faux libertinQu'un désespoir d'amour‖ égare en un festin :Dans les rires, les cris,‖ les senteurs, les fumées,Et les pourpres éclairs‖ des lèvres allumées,Dans l'ondoiement des seins‖ que l'étreinte a flétris,Et le scintillement‖ fiévreux des yeux meurtris,De la fête odieuse‖ il n'a que la livrée ;Résistant au roulis‖ de sa tête enivrée,Sa volonté tient bon,‖ debout au gouvernail ;Seul il compte les pas‖ de l'heure sur l'émail,Et voit l'aube rougir‖ la vitre qui larmoie :Un incurable amour‖ corrompt en lui la joie.Ainsi, des voluptés‖ sublime empoisonneur,L'amour de la justice‖ a troublé mon bonheur.Pour moi, le sang versé,‖ comme une huile épandue,A, depuis que j'y songe,‖ envahi l'étendue !La tache grandissant‖ couvre l'azur entier,Et nul souffle d'avril‖ ne saurait l'essuyer.Des maux plus grands que moi,‖ que j'ai peine à décrire,M'obsèdent ; peine étrange‖ et dont on peut sourire !Mais de tout refléter‖ j'ai le triste pouvoir :Tout l'abîme descend‖ dans le moindre miroir,Et tout le bruit des mers‖ tient dans un coquillage.Est-ce ma faute, hélas !‖ Si ma pitié voyage,Si je peux réfléchir‖ dans un seul de mes pleursUn théâtre infini‖ d'innombrables malheurs,Si toutes les douleurs‖ de la terre et des mondesFont tressaillir mon âme‖ en ses cordes profondes ?

Combien plus sagement,‖ avec moins de grandeur,Exempt de sympathie,‖ affranchi de pudeur,L'animal se résigne‖ aux fléaux sans refuge !Des lois d'où sort le mal‖ il ne se fait pas juge :Instrument et matière‖ à la fois du destin,Il tue et meurt, convive‖ et pâture au festin,Sans chercher qui l'héberge‖ et qui le sacrifie.Il est heureux ! Son sort,‖ par moments je l'envie ;Je voudrais imiter‖ ce qui se passe en lui,Pour connaître, à mon tour,‖ le loisir sans ennui,Le meurtre sans remords,‖ la volupté sans honte,Et l'assouvissement‖ sans règlement de compte.Les loups ne savent point‖ qu'ils passent pour méchants,Et les moutons, sans peur,‖ broutent l'herbe des champs,Et dans l'ombre ou l'éclair‖ de leur fixe prunelleJe vois rêver en paix‖ la nature éternelle :Par leurs yeux elle tente‖ un regard ignorantSur son œuvre, pour elle‖ encore indifférent,Et semble s'étonner‖ devant ses propres gestes ;C'est par leurs yeux, hantés‖ d'images indigestes,Qu'elle entrevoit d'abord,‖ confuses visions,Le luxe éblouissant‖ de ses éclosions !Elle en dégage à peine‖ une aube de pensée,L'ère de l'âme en elle‖ est déjà commencée !D'âge en âge elle essaye‖ à des songes nouveauxSa conscience éparse‖ en mille étroits cerveaux,Sans discerner encore,‖ à leur humble étincelle,De ses lois en travail‖ l'orgie universelle.

II

Elle n'en sentira‖ ni pitié ni terreur,Avant qu'un jour plus net‖ en dénonce l'horreur !C'est dans l'humanité‖ qu'à sa fatale dateLa révélation‖ de cette horreur éclate,Et qu'enfin la nature‖ émet le premier vœuQui, dépassant son œuvre,‖ en soit le désaveu !

Que n'ai-je dormi, l'âme‖ et la paupière closes,Sans les ouvrir avant‖ l'achèvement des choses !La soif de l'idéal‖ n'aurait dû nulle partEn devancer le règne‖ inauguré si tard !Le sentiment des maux,‖ qu'en frémissant je scrute,Devait m'être épargné,‖ comme il l'est à la brute,Jusqu'à ce qu'enfantant‖ un astre réussiLa nature à ma race‖ eût crié : « c'est ici ! »Mais non ! L'humanité‖ porte la peine augusteD'une grandeur précoce‖ à quoi rien ne s'ajusteElle a l'air d'une espèce‖ éclose à contretemps :Tout est prématuré‖ dans ses vœux transcendants,Tout dans ses appétits‖ la rappelle en arrière,Tout ce que son génie‖ ouvre en haut de carrière,En bas la pesanteur‖ à ses pieds l'interdit.De son globe natal,‖ qu'elle étreint et maudit,Comme d'un vieil amant‖ dégoûtée et jalouse,Avec trop d'âme en soi‖ pour s'en faire l'épouse,Et trop d'argile aussi‖ pour s'en pouvoir passer,En rêvant de le fuir‖ elle aime à l'embrasser !

Je le sens, moi son fils,‖ malade et vieux comme elle !Car je bois, en suçant‖ son antique mamelle,Non le lait primitif,‖ non ce sauvage laitOù nul sang par l'épreuve‖ usé ne se mêlait,Et qu'à ses nourrissons‖ offrait dans sa tanière,À peine femme encor,‖ la dryade dernière,Mais bien le lait qui court‖ d'elle à ses descendants,Plein de ferments couvés‖ depuis des milliers d'ans,Dépôt de vérités‖ et de vertus amères,De vices monstrueux‖ et d'absurdes chimères,Que reçoit des aïeux‖ tout homme à son insuPour le léguer plus lourd‖ qu'il ne l'avait reçu.Quand je songe à ma part‖ dans ce vaste héritageDe pensers et de mœurs‖ amassés d'âge en âge,Je ne sais où me prendre,‖ et cherche avec effroiDans mon être, âme et corps,‖ ce que j'appelle moi,S'il est rien dans cet être‖ entier qui m'appartienne,Si la justice, en moi,‖ plus que le reste est mienne.Tant de fous violents,‖ d'adroits ambitieux,Usurpant dans mon cœur‖ son rôle au nom des dieux,Par la voix de l'oracle‖ ou la voix du prophète,M'ont, sous son nom, dicté‖ la loi qu'ils avaient faite !Tant de sages, de rois,‖ de prêtres sont venusDe tous les lieux nommés,‖ de tous les temps connus,Emmaillotter mon cœur‖ de langes invisibles,Incliner sur mon front‖ leurs codes et leurs bibles,Et me rompre à leur gré‖ les reins et les genoux,Chuchotant ou criant :‖ « la justice, c'est nous ! »Et qu'y pouvais-je, à l'âge‖ où la raison s'ignore,Où les sens étonnés‖ s'interrogent encore ?Devant moi se dressaient‖ leurs puissants héritiers :« Sers et crois, m'ont-ils dit,‖ de force ou volontiers ! »J'obéis et je crus,‖ sans dépouiller leurs titres,Fasciné, comme si‖ les crosses ou les mitres,Les sceptres vacillants‖ et les bandeaux étroitsDe nos dominateurs,‖ maîtres de nous sans droits,La suite et l'appareil‖ des dieux et des monarques,Ô justice, portaient‖ tes véritables marques !Ton seul vrai témoignage‖ est l'indignation !

Un jour il m'a percé,‖ ce pieux aiguillon.Si longtemps qu'on le rouille,‖ ou le fausse, ou l'émousse,Il n'attend, pour entrer,‖ qu'une vive secousse,Et, par la sympathie‖ ébranlé tôt ou tard,Pénètre et vibre au cœur‖ comme le fer d'un dard.Le sanglant défilé‖ de tes martyrs proclameQu'il n'est de tribunal‖ sûr et sacré qu'en l'âme,Qu'il ne se rend que là‖ des arrêts sans appel,Qu'enfin la conscience‖ est ton unique autel !Si noir, si bas que soit‖ ton gîte au fond de l'âme,Le plus inculte y sent‖ ta louange ou ton blâme,Et le plus endurci‖ craint toujours ton réveil,Car il sent là toujours‖ tressaillir ton sommeil.

III

Ainsi je reconnais‖ ton infaillible signeDans l'oracle secret‖ qui m'approuve ou s'indigne.Te croire sur parole,‖ en épurant ta voix,Ce fut longtemps ma règle,‖ humble et sûre à la foisComme le lent conseil‖ d'une âpre expérience.Mais plus tard j'ai voulu‖ formuler ma croyance,Et, pour rendre ton verbe‖ intime plus distinct,Faire parler pour toi‖ la raison sans l'instinct ;J'ai voulu te prouver‖ après t'avoir sentie.

Que d'ombre emplit alors‖ ma tête appesantie !Que j'ébauchai pour toi‖ d'impuissantes babels !Comme, pour se bâtir,‖ plus haut que leurs autels,Un port plus sûr, jadis,‖ dans la nuit des carrières,Les hommes follement‖ ont remué les pierres,Ainsi j'ai remué‖ dans leur chantier profondLes lourds matériaux‖ dont les preuves se font.Je rêvais de fonder‖ sur une ferme assiseUne juste cité‖ d'une forme précise,Et je voulais donner‖ à ce fier monument,Pour matière et maçon,‖ la raison seulement.Mais elle n'offre point‖ une base assez amplePour t'y dresser un fort‖ aussi haut que le templeQue je t'avais naguère,‖ avec moins de rigueur,Et pourtant plus solide,‖ élevé dans mon cœur.J'avais beau le bâtir‖ comme un froid géomètre,Aux lois de l'équilibre‖ avec soin le soumettre,M'enquérir des granits,‖ des ciments les meilleurs,Et des secrets qui font‖ les bons appareilleurs,Plus j'en réglais l'aplomb‖ par l'équerre et la corde,Plus j'exaltais l'orgueil‖ sans fonder la concorde !Et, comme des babels‖ pleines de vains discours,J'ai dû l'une après l'autre‖ abandonner mes tours.

Et les prêtres m'ont dit :‖ « la raison nous insulte.Eh bien, vois son ouvrage‖ et le fruit de son culte !Hommes, le droit, c'est Dieu‖ qui permet ou défend ! »J'entendais me railler‖ leur défi triomphant ;J'eus honte et voulus voir,‖ si, tenant tout sous elle,Ta loi, vraiment divine,‖ éclate universelle.Ah ! Que cet examen‖ me valut de tourments !Que sur toi j'ai conçu‖ de doutes alarmants !Car de tous mes regards‖ l'enquête vagabondeFit ma déception‖ grande comme le monde.Pour en consulter l'ordre‖ et m'y conformer mieux,Hélas ! Autour de moi‖ j'ai promené les yeux,Dans l'espoir de ravir‖ au commerce des brutesLe secret naturel‖ des foules sans disputes,Et j'ai presque envié‖ leur silence aux troupeaux !Mais j'ai vu, plein d'horreur,‖ la guerre sans repos,Sans courage et sans bruit,‖ des espèces entre elles,Plus atroce cent fois‖ que nos promptes querelles,Guerre où, par avarice,‖ ouvrier de la mort,Le sol contre le faible‖ est l'allié du fort !J'ai détourné la tête‖ et contemplé les astres :Un jour de calme y coûte‖ un âge de désastres !Je le sais, car le prisme,‖ interrogeant leurs feux,À ces faux paradis‖ arrache des aveux…J'ai vu chaque élément‖ de leur essence vraieÉtaler sur l'écran‖ sa redoutable raie ;Je sais que leur matière‖ est terrestre, et qu'ainsiL'on y pourra souffrir‖ tout ce qu'on souffre ici !Leur soyeuse lueur,‖ qui baise la prunelle,Est d'un possible enfer‖ la menace éternelle.En vain je les veux fuir,‖ l'espace plus obscurMe suit plus effrayant,‖ comme un cachot sans murEt j'y vois en silence‖ errer les nébuleusesComme des vols épars‖ de graines douloureuses !Je suis donc durement‖ de partout refoulé,Quand, de la terre au ciel‖ sans cesse reculé,Aussi loin que mon cri‖ voyage et retentisse,Je demande à l'abîme‖ où siège la justice !

IV

Ô justice ! Après tant‖ et de si longs détours,Je rentre dans mon cœur‖ où je te sens toujours,Et j'y rentre, étonné‖ que le haut privilègeNe soit qu'à l'homme échu‖ d'avoir au cœur ton siège.Ah ! Puisque l'univers‖ s'est fait sans la vertu,Quand donc nous es-tu née ?‖ Et d'où donc nous viens-tu ?Pourquoi, de toutes parts‖ autour de l'homme absente,Faut-il que seul il t'aime‖ et que seul il te sente ?

Pardonne si, doutant‖ de ce prodige en moi,Je t'ai cherchée ailleurs,‖ et t'ai faussé ma foi !Ignorant que ta loi‖ fût seulement humaine,Inopportune ailleurs‖ qu'en notre humble domaine,J'ai traité l'univers‖ en humaine cité,Quand je l'ai pour ces maux‖ par devant toi cité.Ces maux, que je nommais‖ injustes, sont peut-être,Non les caprices fous‖ ou coupables d'un maître,Mais de fatals moyens,‖ seules conditionsD'un ordre qui nous passe‖ ou que nous oublions.Sans doute à nos souhaits‖ se refuse la terre,Comme un cercle adjuré‖ d'être un quadrilatère ;Ce qu'elle nie aux vœux,‖ sa loi le lui défend.L'injustice du sort‖ est un grief d'enfantQui, malade, abhorrant‖ la cuillerée amère,La déclare nuisible‖ et s'en prend à sa mère.La douleur et la mort,‖ sans doute il les fallait,Pour que l'homme devînt‖ le demi-dieu qu'il est !Le mal nous déconcerte,‖ et pourtant qui peut direSi l'univers, où tout‖ se repousse et s'attire,Pourrait survivre avec‖ un atome de moinsOu de plus, confié,‖ pour nous plaire, à nos soins ?Dans nos comptoirs, pendant‖ que le vendeur calculeEt compare les poids‖ soumis à la bascule,L'acheteur défiant‖ ne se dit pas léséTant que monte et descend‖ l'objet pour lui pesé ;Il laisse le marchand‖ peser en conscience,Et l'observe, attentif,‖ mais sans impatience,Trouvant dans sa lenteur,‖ loin d'en être irrité,Un gage de prudence‖ et de sincéritéMais l'homme à la nature,‖ où s'opère en silenceUn échange éternel‖ dans une autre balance,Réclame sans paiement‖ un astre de son choix ;Il croit, demandant compte‖ aux soleils de leurs poids,Que l'axe autour duquel‖ ils tournent tous, ressembleAu trébuchet posé‖ sur son genou qui tremble !Dans la libration‖ de ce grand balancierIl exige et veut voir‖ l'œuvre d'un justicier ;Et, le jugeant lui-même,‖ il le rend responsableD'une cuisson qu'à l'œil‖ lui cause un grain de sable ;Sans comprendre, aveuglé‖ par son menu chagrin,Que l'axe eût dû fléchir‖ pour détourner ce grain,Que l'immense faveur,‖ qu'il eût seul ressentie,Sur des mondes sans nombre‖ aussitôt répartie,En désastres sans nombre‖ eût du sévir contre eux.L'éternité ! Pour rendre‖ un éphémère heureux !

Comme un enfant qu'on gâte‖ aisément s'habitueÀ croire qu'à ses jeux‖ la déférence est due,L'homme épargné longtemps‖ croit son bonheur sacré ;Fait au rythme des lois,‖ il ne leur sait plus gréDe conduire la terre‖ à ses fins sans secousse,Car il est né depuis‖ que sa planète est douce.Le branle qui meut tout‖ dans les champs étoilésVient s'amortir en elle,‖ et, balançant ses blés,Ses forêts et ses mers,‖ expire et se composeAvec un souffle d'air‖ pour incliner la rose ;Il nous berce avec elle‖ et semble nous choyer ;Mais pour son équilibre‖ il nous pourrait broyer !

V

Puisque ma conscience‖ est le seul lieu du mondeOù sur ce qu'il me veut‖ l'infini me réponde,Puisqu'en ce lieu d'où rien‖ ne pouvait t'arracher,Je te trouve, où d'abord‖ je t'aurais dû chercher,Et que là seulement,‖ je découvre, ô justice !Une assise immuable‖ où sans peur je bâtisse,J'y rentre et m'y retranche,‖ et m'y tiens à jamais.Il y fait noir, bien noir,‖ mais je te reconnais ;En tâtonnant, déjà‖ je baise et je révèreLes deux doigts étendus‖ de ta droite sévère ;Moins sévère pourtant‖ qu'elle n'était jadis,Quand déesse de marbre,‖ on te nommait Thémis.Ta main semble aujourd'hui‖ moins froide que la pierre :Ce qui l'humecte ainsi‖ vient-il d'une paupière ?Et quelle onde vivante‖ y bat et l'attendrit ?N'a-t-elle pas pressé‖ la main de Jésus-Christ ?Ah ! Pour te voir, je veux,‖ je saurai faire naître,Par l'étude et l'amour,‖ une aurore en mon être.Si, hors du genre humain,‖ tu n'es plus qu'un vain nom,En lui du moins tu vis,‖ qu'il t'obéisse ou non !

Je te rends donc ma foi !‖ Qu'un captieux génieM'extirpe des aveux‖ que mon instinct renie,Je ne livrerai plus‖ au peu que je conçoisTout le vrai que je sens,‖ pour douter que tu sois !En vain me prouvât-on,‖ contre tes voix intimes,Que la tombe est la même‖ aux bourreaux qu'aux victimes,En vain mes appétits,‖ de leurs iniquitésPar le droit au bonheur‖ se diraient acquittés,On ne croit jamais bien‖ ce qu'on rougit de croire,Et l'effet sur la vie‖ en demeure illusoire ;Un témoignage en nous,‖ moins subtil et plus fort,Donne à la preuve infâme‖ invinciblement tort !

C'est que, formée en nous‖ depuis notre naissance,Ta nature, ô justice !‖ Est notre propre essence :Elles font, l'une et l'autre,‖ un tel couple, en effet,Que l'homme ne se sent‖ vraiment homme et parfait,En harmonie entière‖ avec ses destinées,Qu'en les tenant toujours‖ l'une à l'autre enchaînées,Et que le juste meurt,‖ sans murmure, pour toi,Car sans l'honneur la vie‖ est pour lui sans emploi !

Courage ! Cette nuit‖ n'a pas été mauvaise.Je me sens allégé‖ par une sublime aise !Je n'ai pas terrassé‖ le sphinx impérieuxQui, l'ongle sur ma gorge‖ et les yeux dans mes yeux,Immobile et muet,‖ m'oppresse et m'interroge ;Mais, dompteur résolu,‖ fermant sur moi la loge,Devant le monstre obscur‖ je me suis obstiné,Et je reste invaincu‖ sans avoir deviné !Car, défié, moi-même‖ aussi je le défie :Qu'au mystère jaloux‖ sa dent me sacrifie !Il peut me dévorer‖ sans ternir seulementMa foi dans la justice,‖ éclair de diamant !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
166((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a fenêtre / connaître féminine, classiqueb main / demain masculine, classiquea naguères / vulgaires féminine, classiqueb éblouir / jouir masculine, classiquec détresse / ivresse féminine, classiqued libertin / festin masculine, classiquee fumées / allumées féminine, classiquef flétris / meurtris masculine, classiqueg livrée / enivrée féminine, classiqueh gouvernail / l'émail masculine, classiquei larmoie / joie féminine, classiquej empoisonneur / bonheur masculine, classiquek épandue / l'étendue féminine, classiquel entier / l'essuyer masculine, classiquem décrire / sourire féminine, classiquen pouvoir / miroir masculine, classiqueo coquillage / voyage féminine, classiquep pleurs / malheurs masculine, classiqueq mondes / profondes féminine, classiquea grandeur / pudeur masculine, classiqueb refuge / juge féminine, classiquec destin / festin masculine, classiqued sacrifie / l'envie féminine, classiquee lui / ennui masculine, classiquef honte / compte féminine, classiqueg méchants / champs masculine, classiqueh prunelle / éternelle féminine, classiquei ignorant / indifférent masculine, classiquej gestes / indigestes féminine, classiquek visions / éclosions masculine, classiquel pensée / commencée féminine, classiquem nouveaux / cerveaux masculine, classiquen étincelle / universelle féminine, classiquea terreur / l'horreur masculine, classiqueb date / éclate féminine, classiquec vœu / désaveu masculine, classiquea closes / choses féminine, classiqueb part / tard masculine, classiquec scrute / brute féminine, classiqued réussi / ici masculine, classiquee auguste / s'ajuste féminine, classiquef contretemps / transcendants masculine, classiqueg arrière / carrière féminine, classiqueh l'interdit / maudit masculine, classiquei jalouse / l'épouse féminine, classiquej passer / l'embrasser masculine, classiquea elle / mamelle féminine, classiqueb lait / mêlait masculine, classiquec tanière / dernière féminine, classiqued descendants / d'ans masculine, classiquee amères / chimères féminine, classiquef insu / reçu masculine, classiqueg héritage / âge féminine, classiqueh effroi / moi masculine, classiquei m'appartienne / mienne féminine, classiquej ambitieux / dieux masculine, classiquek prophète / faite féminine, classiquel venus / connus masculine, classiquem invisibles / bibles féminine, classiquen genoux / nous masculine, classiqueo s'ignore / encore féminine, classiquep héritiers / volontiers masculine, classiqueq titres / mitres féminine, classiquer étroits / droits masculine, classiques monarques / marques féminine, classiquet l'indignation / aiguillon masculine, classiqueb l'émousse / secousse féminine, classiquec tard / dard masculine, classiqued proclame / l'âme féminine, classiquee appel / autel masculine, classiquef l'âme / blâme féminine, classiqueg réveil / sommeil masculine, classiquea signe / s'indigne féminine, classiqueb voix / fois masculine, classiquec expérience / croyance féminine, classiqued distinct / l'instinct masculine, classiquee sentie / appesantie féminine, classiqueb babels / autels masculine, classiquec carrières / pierres féminine, classiqued profond / font masculine, classiquee assise / précise féminine, classiquef monument / seulement masculine, classiqueg ample / temple féminine, classiqueh rigueur / cœur masculine, classiquei géomètre / soumettre féminine, classiquej meilleurs / appareilleurs masculine, classiquek corde / concorde féminine, classiquel discours / tours masculine, classiquea insulte / culte féminine, classiqueb défend / triomphant masculine, classiquec elle / universelle féminine, classiqued tourments / alarmants masculine, classiquee vagabonde / monde féminine, classiquef mieux / yeux masculine, classiqueg brutes / disputes féminine, classiqueh troupeaux / repos masculine, classiquei elles / querelles féminine, classiquej mort / fort masculine, classiquek astres / désastres féminine, classiquel feux / aveux masculine, classiquem vraie / raie féminine, classiquen qu'ainsi / ici masculine, classiquep obscur / mur masculine, classiqueq nébuleuses / douloureuses féminine, classiquer refoulé / reculé masculine, classiques retentisse / justice féminine, classiquea détours / toujours masculine, classiqueb privilège / siège féminine, classiquec vertu / viens-tu masculine, classiqued absente / sente féminine, classiquea moi / foi masculine, classiqueb humaine / domaine féminine, classiquec cité masculine, classiqued peut-être / maître féminine, classiquee conditions / oublions masculine, classiquef terre / quadrilatère féminine, classiqueg défend / d'enfant masculine, classiqueh amère / mère féminine, classiquei fallait / est masculine, classiquej dire / s'attire féminine, classiquek moins / soins masculine, classiquel calcule / bascule féminine, classiquem lésé / pesé masculine, classiquen conscience / impatience féminine, classiqueo irrité / sincérité masculine, classiquep silence / balance féminine, classiqueq choix / poids masculine, classiquer ressemble / tremble féminine, classiques balancier / justicier masculine, classiquet responsable / sable féminine, classiqueu chagrin / grain masculine, classiquev ressentie / répartie féminine, classiquew eux / heureux masculine, classiquea s'habitue / due féminine, classiqueb sacré / gré masculine, classiquec secousse / douce féminine, classiqued étoilés / blés masculine, classiquee compose / rose féminine, classiquef choyer / broyer masculine, classiquea monde / réponde féminine, classiqueb t'arracher / chercher masculine, classiquec justice / bâtisse féminine, classiqued jamais / reconnais masculine, classiquee révère / sévère féminine, classiquef jadis / Thémis masculine, classiqueg pierre / paupière féminine, classiqueh l'attendrit / Jésus-Christ masculine, classiquei naître / être féminine, classiquej nom / non masculine, classiquea génie / renie féminine, classiqueb conçois / sois masculine, classiquec intimes / victimes féminine, classiqued iniquités / acquittés masculine, classiquee croire / illusoire féminine, classiquef fort / tort masculine, classiquea naissance / essence féminine, classiqueb effet / parfait masculine, classiquec destinées / enchaînées féminine, classiqued toi / emploi masculine, classiquea mauvaise / aise féminine, classiqueb impérieux / yeux masculine, classiquec m'interroge / loge féminine, classiqued obstiné / deviné masculine, classiquee défie / sacrifie féminine, classiquef seulement / diamant masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

332 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Justice, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources