Les Vaines Tendresses, 1875
Sursum corda
Si tous les astres, ô Nature,Trompant la main qui les conduit,S'entre-choquaient par aventurePour se dissoudre dans la nuit ;
Ou comme une flotte qui sombre,Si ces foyers, grands et petits,Lentement dévorés par l'ombre,Y disparaissaient engloutis,
Tu pourrais repeupler l'abîme,Et rallumer un firmamentPlus somptueux et plus sublime,Avec la terre seulement !
Car il te suffirait, pour rendreÀ l'infini tous ses flambeaux,D'y secouer l'humaine cendreQui sommeille au fond des tombeaux,
La cendre des cœurs innombrables,Enfouis, mais brûlants toujours,Où demeurent inaltérablesDans la mort d'immortels amours.
Sous la terre, dont les entraillesAbsorbent les cœurs trépassés,En six mille ans de funéraillesQuels trésors de flamme amassés !
Combien dans l'ombre sépulcraleDorment d'invisibles rayons !Quelle semence sidéraleDans la poudre des passions !
Ah ! que sous la voûte infiniePérissent les anciens soleils,Avec les éclairs du génieTu feras des midis pareils ;
Tu feras des nuits populeuses,Des nuits pleines de diamants,En leur donnant pour nébuleusesTous les rêves des cœurs aimants ;
Les étoiles plus solitaires,Éparses dans le sombre azur,Tu les feras des cœurs austèresOù veille un feu profond et sûr ;
Et tu feras la blanche voieQui nous semble un ruisseau lacté,De la pure et sereine joieDes cœurs morts avant leur été ;
Tu feras jaillir tout entièreL'antique étoile de VénusD'un atome de la poussièreDes cœurs qu'elle embrasa le plus ;
Et les fermes cœurs, pour l'attaqueEt la résistance doués,Reformeront le zodiaqueOù les Titans furent cloués !
Pour moi-même enfin, grain de sableDans la multitude des morts,Si ce que j'ai d'impérissableDoit scintiller au ciel d'alors,
Qu'un astre généreux renaisseDe mes cendres à leur réveil !Rallume au feu de ma jeunesseLe plus clair, le plus chaud soleil !
Rendant sa flamme primitiveÀ Sirius, des nuits vainqueur,Fais-en la pourpre encor plus viveAvec tout le sang de mon cœur !
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a Nature / aventure féminine, classiqueb conduit / nuit masculine, classiquea sombre / l'ombre féminine, classiqueb petits / engloutis masculine, classiquea l'abîme / sublime féminine, classiqueb firmament / seulement masculine, classiquea rendre / cendre féminine, classiqueb flambeaux / tombeaux masculine, classiquea innombrables / inaltérables féminine, classiqueb toujours / amours masculine, classiquea entrailles / funérailles féminine, classiqueb trépassés / amassés masculine, classiquea sépulcrale / sidérale féminine, classiqueb rayons / passions masculine, classiquea infinie / génie féminine, classiqueb soleils / pareils masculine, classiquea populeuses / nébuleuses féminine, classiqueb diamants / aimants masculine, classiquea solitaires / austères féminine, classiqueb azur / sûr masculine, classiquea voie / joie féminine, classiqueb lacté / été masculine, classiquea entière / poussière féminine, classiqueb Vénus / plus masculine, classiquea l'attaque / zodiaque féminine, classiqueb doués / cloués masculine, classiquea sable / d'impérissable féminine, classiqueb morts / d'alors masculine, classiquea renaisse / jeunesse féminine, classiqueb réveil / soleil masculine, classiquea primitive / vive féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vaines Tendresses, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1875· numérisation inlibroveritas.net· Sources