Le jardin des rêves, 1880· Poèmes et bas-reliefs
Les amantes
Blanches et découvrant sous leurs robes ouvertes,Des torses de déesse et des pâleurs de lis,Les vierges au grand cour sur les pelouses vertesOffrent au vent du soir leurs reins froids et polis.
Deux à deux s’enlaçant et de baisers couvertes,Elles tordent leurs corps dans l’ombre ensevelis,Et l’âme de Sapho de leurs couches désertes,Comme un souffle divin fait onduler les plis.
Car le chasseur Erôs que la douleur affameAime à voir se pâmer tous ces beaux seins de femmeQu’un impossible amour soumet à son tourment.
Et c’est pourquoi dans Gnide et dans Lesbos la sainteTant de pleurs font bondir les péplos d’hyacinthe,Et tant de voix, la nuit, hurlent plaintivement.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources