Le jardin des rêves, 1880· Poèmes et bas-reliefs
Leucate
A Armand de Lacour
Quand elle eut dans la mer jeté la lyre sainte,Avant de s’abîmer au fond des gouffres verts,Arrachant les lauriers dont sa tempe était ceinte,Pour la dernière fois, Sapho chanta des vers.
Les myrtes exhalaient comme une douce plainte,Des ramiers éperdus s’enfuyaient dans les airs,Et la grande prêtresse extatique et sans crainte,Blanche, se détachait sur l’azur des cieux clairs.
Traînant ses flots plaintifs sur l’âpre promontoire,Posseïdon venait baiser ses pieds d’ivoire,Plus blancs sous l’algue blonde et le corail vermeil.
D’amers parfums montaient de la mouvante plaine,Ce pendant que la Nymphe, honneur de Mytilène,Suivait d’un cil pensif la chute du soleil.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources