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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le jardin des rêves, 1880· Rimes amoureuses

Métempsychose

Laurent Tailhade· 35 vers

Vous souvient-il encor des jours de l’Arcadie,Lorsque nous nous aimions sous les grands lauriers verts ?Des pampres rougissaient votre gorge hardieEt, la main dans la main, nous récitions des vers.Vous souvient-il encor des jours de l’Arcadie ?

Le chiton aux plis droits moulait votre beauté.Les rythmes ioniens sur vos lèvres fleuriesVoltigeaient et, le soir, les ramiers d’AstartéGroupaient autour de vous leurs blanches théories.Le chiton aux plis droits moulait votre beauté.

Le mystère des mers dormait dans vos prunelles.Telle une perle éclose au fond des gouffres bleus.Et le ciel rayonnait de clartés éternelles,Et vous étiez déesse aux âges fabuleux.Le mystère des mers dormait dans vos prunelles.

Car vous êtes la sœur des lointaines Saphos,Prêtresse inviolée aux paroles sonores.Kronos a pu coucher les herbes sous sa faulxEt les tombes verdir et mourir les aurores,En vous chante l’orgueil des lointaines Saphos.

En vous brûle un rayon de cette aube premièreOù les lèvres en fleurs s’inébriaient d’amour,Où l’azur virginal dans sa blonde lumièreBaignait des marbres saints l’harmonieux contour.Vous souvient-il encor de cette aube première ?

Vous souvient-il encor que vous m’avez aimé,Près des fleuves sacrés, parmi les lauriers-roses,A l’heure où, rayonnant dans l’éther embrumé,Hesper, le doux soleil, épand ses flammes roses ?Vous souvient-il encor que vous m’avez aimé ?

Et quand à vos genoux j’implore une caresse,Me serez-vous plus douce à songer qu’autrefois,Sous le tiède soleil des plaines de la Grèce,Nos baisers ont fleuri dans l’ombre des grands bois ?Hélas ! de vous en vain j’implore une caresse !

35 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources