Le jardin des rêves, 1880· Poèmes et bas-reliefs
Midi en aout
Dans l’azur solennel fleuri de lauriers-roses,Le soleil triomphant darde ses flèches d’or,Et voici que la terre en souriant s’endort,Heureuse sous l’ardent baiser des flammes roses.
Car dans son sein hâlé par l’ardeur du midi,Où l’âpre canicule en flots de feu ruisselle,Elle sent circuler la vie universelleAinsi qu’un lait divin par l’amour attiédi.
Elle sent que ce ciel brûlant comme les forges,Féconde son beau flanc d’où tombent les épis,Et que, pour nous bénir, les germes assoupisVont croître dans les blés, les seigles et les orges.
Ainsi rêve la terre éprise de douleurQue déchirent du soc les morsures égales,A l’heure où le frisson des stridentes cigalesExhale dans le bleu l’hymne de la chaleur.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources