Poèmes Aristophanesques, 1904· Dix-huit ballades familières pour exaspérer le mufle
Ballade parnassienne en faveur de monsieur jean Labete dit rameau
Et, pour comble d’horreur, les animaux parlèrent.L’ABBÉ DELILLE.
Chœur déchaînés sur l’Oréas neigeuse,Faune velu, Thyade aux jeunes flancs,Vous qui menez la cordace orageuseDe l’antre humide aux pics étincelantsEt qui, le soir, par les taillis hurlants,Crucifiez de vos belles morsuresLa chair du faon et des louves, peu sûresBacchantes, je chanterai sous l’ormeauNotre Rameau franc de toutes luxures :Le meilleur veau, c’est encor Jean Rameau.
Rameau n’a point la mine avantageuse.Qu’aux seuls gandins prêtent les bons merlans.Hispide, avec une boule rageuse,Il « va-t-en ville » exhiber ses talentsEt naqueter pourboires, en gants blancs.Doux locatis, il hume les rinçuresDu faux moët, des bavaroises suresEt des orgeats où trempe un chalumeau.Quelque blanc d’œuf a verni ses chaussures ,Le meilleur veau, c’est encor Jean Rameau.
Muse des bois, sonore voyageuse,Oncques n’ouïs ce Rameau plein d’élansCrier d’amour quand fleurit Bételgeuze.Mais comme il a votre âme, goélands,Son vœu chérit les animaux bêlants :Enfantelets, porcelets, moutons, ures.Tel palabrait, en dépit des censures,L’engastrimythe Ursus avec Homo ;Tel, ô Bourgeois, il émeut vos fressures :Le meilleur veau, c’est encor Jean Rameau.
Prince au bouclier d’or, qui nous assuresContre l’ennui fauteur d’âpres blessures.Que Péladan parle du roi Schlémo,Qu’Ohnet soit lu dans les « Poids et Mesures »,Le meilleur veau, c’est encor Jean Rameau.
35 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes Aristophanesques, Paris, Mercure de France, 1910· numérisation archive.org· Sources