Poèmes Aristophanesques, 1904· Quelques variations pour déplaire a force gens
Épître a dom Cucuphas
DU TIERS-ORDRE DE l’AMOUR SOLITAIRE
Sur le mode ternaire siPlein de candeur et de merci,Je vous épistole. Voici :
Tête-Dieu-pleine-de-relique !Par la caboche de Jamblique,Je suis bougrement catholique !
Laissant les fils de Bélial,Pour un Port-Royal lilialJe hante le veau cordial
Et j’assume — avec quelles joies !La fréquentation des oies.Ma foi rayonne dans leurs foies.
J’invoque pour le mal au cou,Saint-Maclou couleur de roucou,Saint-Mitrophane de Moscou
Et j’éructe, d’après les rites,Toutes les oraisons prescritesPar quoi s’augmentent nos mérites.
O beata Solitudo !Ne plus remorquer ce fardeau,Margot en quête d’un chaudeau ;
Ne plus rencontrer chez ArsèneLa congrégation malsaineDes Ephestions de la Seine ;
Ignorer quand elle opéra,Le labeur de dire à Clara :Bell’alma que m’inamora.
Et, loin des quais où la Tour dardeSa conformation hagardeDe cathédrale pignouflarde,
Oublier quel puffiste losMaurras, casuiste à Délos,Prodigue aux Symbolopoulos !
Enfoncer des pointes égalesDans son cul ! Vivre plein de galesMystiques et théologales !
Fuir la table, ses agréments,Et parfumer tous aliments,De petits morceaux d’excréments ;
Supporter le nom d’AnatoleBaju ! pour un quart de pistole,Ceindre le cordon et l’étole :
Ainsi, dans les plaisirs dévots,Sans lire de fablaux nouveaux,Coulent nos soirs auprès des veaux.
Les gens du monde, sur les plages,Cèdent à maints pensers volagesEt gaspillent leurs pucelages
D’Hendaye à Lock-Maria-Ker,Tels messieurs d’un équivoque airAmènent des fulls au pocker.
Il en est, aux bords de la Manche,Qui, sans nul respect du dimanche,Font sortir le Roi de leur manche.
D’aucuns, venus de Bourganeuf,Pour s’acheter un complet neuf,Comme des sourds abattent neuf.
Magicien aux sept baisâmes,Le Péladoison chasseur d’âmesTâte la chair des vieilles dames.
Des gentlemen « tramés-coton »Que sangle un inouï vestonAppliquent les lois du boston.
Mais nous qu’un Lumignon éclaireEt qui marchons avec HilaireSur tes pas, Agneau vexillaire,
Nous que la pudeur a conduits,Méprisant ces impurs déduits,Employons saintement les nuits :
Mugissons la prose et l’antienne,Frère ! Que ma prière obtiennePour vous cette vertu chrétienne !
Et que, l’esprit réconforté,Dom Cucuphas soit exaltéDans la benoite éternité.
Son âme que l’Espoir désigneMontrera la blancheur du cygne,Les trois Vertus avec le Signe,
A l’heure où, moqués des Vertus,Quand les buccins se seront tus,Cherront les pécheurs abattus,
Et que les enfants de Voltaire,Dans l’enfer plein d’un noir mystère,Subiront le thermocautère,
La broche et l’écumoire, hélas !Des cuisiniers de Satanas.Vale, mon frère Cucuphas.
87 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes Aristophanesques, Paris, Mercure de France, 1910· numérisation archive.org· Sources