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un seul est le mot juste.

Poèmes élégiaques, 1907· Six ballades élégiaques

Ballade élégiaque pour le morose après-midi

Laurent Tailhade· 36 vers

Tout le plaisir des jours est en leurs matinées.MALHERBE.

Je veux m’enfuir sous les branches pucellesOù du Printemps ardent les clairs midis,Éphèbe-dieu, Soleil, quand tu ruissellesDans les rameaux de parfums alourdis !Je yeux m’enfair loin des temples maudits,Loin de la plèbe immonde et forcenée !Voici finir la chaste matinée,Avril, au bois, montre ses jeunes flancs.Vous, cependant, comme aux soirs d’hyménée,De quelques fleurs parez mes cheveux blancs !

Les archiluths, et les violoncelles,Et les hautbois aux timbres assourdis,Mystérieux, disent les noms de cellesQui m’apportaient les roses de jadis.Bleus souvenirs des lointains paradis,Embellissez la fin de ma journée !Que soient par vous mes tempes couronnées,Et, dans l’accord des rythmes nonchalants,Pour me conduire aux Îles Fortunées,De quelques fleurs parez mes cheveux blancs !

Vers l’occident fusent des étincelles .Ce dernier jour des jours que tu perdis,Mon cœur, décline, hélas ! et tu chancelles.Meure l’orgueil de tes songes hardis !Cesse tes chants, églogues ou bardits !Au loin s’en vont Eros et Thyonée :Plus d arc-en-ciel pour ta vigne égrenée,Le vent s’épeure et pleure en cris dolents !— Ah ! si la fleur suprême n’est fanée,De quelques fleurs parez mes cheveux blancs !

Amour, qu’aima Celle de Mantinée !Amour, Seigneur de nos désirs tremblants !Sur les remous glauques des cyanées,En plein azur, montent les goëlands.Telle, vers vous, notre âme abandonnée :De quelques fleurs parez mes cheveux blancs !

36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes élégiaques, Paris, Mercure de France, 1907· numérisation archive.org· Sources