Poèmes élégiaques, 1907· Six ballades élégiaques
Ballade surannée de la consolation automnale
Tu le connais, ô toi qui fus ma mie.Ce parc hautain jonché de feuilles d’or,Où du couchant la lueur accalmieIncendiait les arbres en décor,Et les appels nostalgiques du cor,Et tout le soir d’octobre, et les feux rosesParmi la Seine aux lointains gracieux,Et ces parfums de mousses, et les chosesD’autrefois qui montaient dans nos adieux.La Belle a dit : « Ne pleurez pas les roses. »
Rose de Mai qu’a l’automne blêmie,Où respirer tes effluves encor ?Luths, violons, musette et chalemie,Sous les pins noirs, ont cessé leur accord.La vigne pend au souffle aigu du nord.Comme un Géronte imbécile, lu causes,Vieil Aquilon, par le bois spacieux,Et, déchaînant les Hyades moroses.Un lourd brouillard se traîne dans les cieux.La Belle a dit : « Ne pleurez pas les roses. »
Le Temps déjà, furieuse Lamie,Des cœurs aimants ruine le trésor.Sans éparg’ner beauté ni preud’homie.Cassandre vient qui remplace Lindor.Adieu les jours fervents de thermidor !Adieu Lignons, Gythères et Formoses !Vendang’e est faite aux ceps délicieux.Le Souvenir bougonne quelques glosesEt peint d*azur ses frêles camaïeux.La Belle a dit : « Ne pleurez pas les roses. »
Prince d’amour, quand, leurs pennes décloses,Stryges, corbeaux et chats-huants soyeuxVoltigeront, secouant des névroses.Tourne-toi vers le printemps de ses yeux.La Belle a dit : « Ne pleurez pas les roses. »
35 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes élégiaques, Paris, Mercure de France, 1907· numérisation archive.org· Sources