Poèmes élégiaques, 1907· Vitraux
Vers pour miss Lilian
Avez-vous adoré les vierges ascétiques,Les saintes de Memling, d’Holbein ou d’Orcagna,Ces corps impollués dont l’âme regagnaDans toute sa candeur le ciel d’or des triptyques ?
Avez-vous, quand la nuit emplit de sa fraîcheur.De l’abside au parvis, les hautes cathédrales,Salué dans l’encens déroulant ses spiralesUn rêve harmonieux fait d’ombre et de blancheur !
Traînant un doux parfum d’ambre et de marjolaine »Aux marges des missels que fait resplendir l’or,Avez-vous vu prier Yseult ou Blancheflor,Plus belles qu’autrefois la Tyndaride Hélène ?
Telle vous rayonnez en nos âges maudits,Lilian, vierge au nom séraphique et sonore,Et vous êtes pareille aux grands lis que décoreLe rayon entrevu des lointains Paradis.
Lis secouant l’or fin des lourdes étamines,Lis fleuris dans la main de l’ange Raphaël,Lis embaumant les prés où les fils d’IsraëlVont paître leurs troupeaux plus blancs que les hermines :
Les orgueilleuses fleurs parent votre beautéEt vers vous, doucement, de leurs hampes écloses,Par de subtiles et lentes métamorphoses,Monte un peu de leur charme et de leur pureté.
Et, comme un vol doré de lascives abeillesQui meurt parmi les lis d’un paradis perdu,Succombent tristement les désirs éperdus.Sous le rire acéré de vos lèvres vermeilles.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes élégiaques, Paris, Mercure de France, 1907· numérisation archive.org· Sources