Poèmes élégiaques, 1907· Six ballades élégiaques
Ballade mystique sur la douceur de pauvreté
Par les chemins où croît l’épine affreuse,La Vierge aux maigres flancs, la Pauvreté,Malgré Douloir qui sa paupière creuseEt Malefaim debout à son côté,Franchit sans peur le roc ensanglanté.Car elle sait, la Dame tutélaire,Quel vêtement de gloire, et quel salaire.Et quels joyaux faits des pleurs anciensL’investiront d’une gloire stellaire.Lorsque Jésus reconnaîtra les siens.
Un astre dort sous guenille poudreuse.Amour sans fin, éternelle Beauté,Vont rajeunir ta face, bienheureuseReine du simple et du déshérité !Sur les parvis d’azur, en la CitéQu’un blanc soleil immarcessible éclaire,Tes pieds lassés par la fange et par Terre,Malgré les cris des vils pharisiens,Se poseront comme un aiglon sur l’aire,Lorsque Jésus reconnaîtra les siens.
Donnez la rose avec la tubéreuse !Et le Poète aussi, tant molesté.Verra finir sa course douloureuseAu matin bleu de l’Immortalité.Son fier désir, à présent exalté.Resplendira sur sa face très claire.Pour ce dolent accoiter et complaire,Des chœurs épris d’Anges musiciensDiront ses vers à l’Agneau jubilaire,Lorsque Jésus reconnaîtra les siens.
Prince des vers si doux, le scapulaireEt l’humble froc, chez tels béotiens,Ébaudit un mufle patibulaire.Mais toi, sans peur, sans feinte, sans colère,Sois de ton Dieu l’éternel vexillaire,Lorsque Jésus reconnaîtra les siens,
Septembre 1893.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes élégiaques, Paris, Mercure de France, 1907· numérisation archive.org· Sources