Poèmes élégiaques, 1907· Six ballades élégiaques
Ballade sur la louange du mois d’aout
Cettuy matin, casqué de feu vermeilEt secouant sa chevelure blonde,Au ciel d’azur triomphe le Soleil.Archer béni qui perce et qui féconde,Le jeune dieu vainqueur de l’Ombre immondeÉpanouit les lis au pur contour,Les dahlias fauves, couleur du jour,Avec la rose amène d’Aphrodite.Or, pour mieux faire au Soleil notre cour.Fleurissons-nous d’un brin de clématite !
Dame très pure en benott appareil,Près du Lion étincelant qui gronde,Sous un chapeau de nacre et de vermeil,L’unique Étoile où notre espoir se fondePenche vers nous sa beauté sans seconde.Psaltérions, sambuques et tambour !Un Ange blanc, radieux troubadour,Aux quatre vents de l’aurore accréditeLa Maison d’or et l’éburnale Tour.Fleurissons-nous d’un brin de clématite !
Sur le galet qu’empourpre son orteil,Vénus jaillit de la houle profonde.Les cygnes blancs amoureux du sommeilEt les chevaux tempêtueux de l’ondeSuivent la Reine adorable du monde.Cherchons au loin une caverne pourBriser ses lacs, et que gémisse autourUn pleur tombant de chaque stalactite :Voici la Mer plus vaste que l’Amour !Fleurissons-nous d’un brin de clématite !
Princesse, honneur aimé de ce séjour,Guidant, hélas ! vous fêter à mon tour,Je fis ces vers (l’audace n’est petite !).A vous liesse et bonheurs sans retour :Fleurissons-nous d’un brin de clématite !
35 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes élégiaques, Paris, Mercure de France, 1907· numérisation archive.org· Sources