Poèmes élégiaques, 1907· Rêve antique
Sonnet
Ton col surgit du sein comme une tour d’ivoire,Jeune homme ! Les anneaux sombres de tes cheveuxFlottent sur sa pâleur, liquides et plus bleusQue la Nuit aux yeux d’or, en sa robe de moire.
Sous le maigre habit noir, tes flancs purs et nerveuxDes marbres consacrés éternisent la gloire :Et ta bouche sanglante est le tiède ciboireOù revit la senteur des chrêmes fabuleux.
Ton beau corps cependant, aux lignes cadencées,Jamais n’assouvira l’amour des fiancées :Tes larges jeux, pareils aux gouttes de la mer,
Ne descendront jamais de leurs ciels poétiquesOù rêvent, fraternels, les éphèbes antiquesEt Narcisse au grand cœur qui mourut de s’aimer.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes élégiaques, Paris, Mercure de France, 1907· numérisation archive.org· Sources