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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes élégiaques, 1907· Épigrammes

Prosopopée de Toulouse

Laurent Tailhade· 32 vers

C’est moi, la ville du Soleil : je suis Toulouse,Blanche et rose sous le flot noir de mes cheveux.Ma Garonne d’azur que l’Univers jalouseChante un hymne d’espoir et d’éternels aveux.

Le long des murs de brique, en l’illustre prairieOù brille encor le temple auguste d*Apollon,Son onde bienveillante et de roses fleurieEndort le jeune dieu riant sous ses crins blonds.

Je suis Toulouse chère à Pallas et je garde,Loin du troupeau sans âme et des rois odieux,Comme un lis exalté sur la foule hagarde.Le culte de la Vie et des antiques Dieux.

J’ai chanté la Jeunesse et la gloire FécondeEt, quand le Christ vainqueur eut souffleté l’Amour,Pour éclairer sa nuit et refleurir le Monde,J’éveillai doucement le luth des troubadours.

La lumière divine et tutélaire embraseMes remparts, et je vais, loin des cloîtres malsains,Par les sentiers fleuris de treilles, et j’écraseSur mon sein marmoral la pourpre des raisins.

Les nocturnes amants, sonneurs de sérénades,Sous les tilleuls qu’argente une chaude clarté.Éparpillent, le soir, devers mes promenades,Un cantique d’orgueil, de force et de gaîté.

Toujours, à mon appel, se dressent les poètes.L’éternelle Beauté qui n’a jamais pâliD’un rameau fraternel a couronné vos têtes,Maîtres harmonieux, Silvestre et Goudouli !

Et vous tous, curieux d’art et de poésie,Toulousains, cher » enfants grandis à mes genoux,Je vous salue, ô foule ingénue et choisie :Athéniens du Languedoc ! Salut à vous !

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes élégiaques, Paris, Mercure de France, 1907· numérisation archive.org· Sources