Poèmes élégiaques, 1907· Le jardin des rêves
Sonnet
Dans la neige et la pourpre où les soleils pâlisViennent boire en mourant ta senteur généreuse,Amaryllis ! ô lis, superbe entre les lis,Une douleur profonde et royale se creuse.
Déjà les soirs plus brefs de fraîcheur sont emplisEt, le long des jardins peuplés de tubéreuses,Comme une veuve sous sa robe aux larges plis,L’Automne jette au vent sa plainte douloureuse.
Voici la Mort qui frappe aux portes de l’Été !Et ton parfum, dans la nuit mauvaise emporté,Baigne de sa langueur les couchants pathétiques.
Hélas ! je t’ai cueillie, ô fleur du désespoir,Et, triste comme toi, sentant venir le soir,J’exhale avec orgueil mes suprêmes cantiques.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes élégiaques, Paris, Mercure de France, 1907· numérisation archive.org· Sources