Poèmes élégiaques, 1907· Épigrammes
Tristesse
A J.-B. Mengue, statuaire.
Vers la terre joyeuse et de printemps fleurie,Quel rêve suscité par les Dieux inclémentsPenche ton col et rend ta face endolorie ?
La souffrance d’aimer, les pleurs et les tourments,Les chutes de l’espoir, la vanité des roses,Et le dégoût tombé de vos lèvres, amants ;
Après les rhythmes d’or la bassesse des proses,Et l’orgueil matinal dans la nuit emporté.Les pressens-tu déjà ces avenirs moroses ?
Jeune fille, dans l’aube épanchant sa clarté,Vois-tu déjà l’ombre menteuse de l’automne,Et sur le flot des jours s’en aller ta beauté ?
Tu pleures. Ton doux cœur effarouché s’étonne,Devinant la saison où meurent les ramiers,Ou les pampres cueillis fermentent dans la tonne.
Sèche tes yeux ! L’orgueil de tes songes premiersVivra toujours, gardant ton âme saine et forte,Comme aux matins d’avril, sous la fleur des pommiers.
Redresse-toi, bravant la tombe et la cohorteDes abandons et des regrets, lâches bourreaux :Car c’est un temps meilleur que ta jeunesse porte,
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes élégiaques, Paris, Mercure de France, 1907· numérisation archive.org· Sources