Pauca Paucis, 1894· Première série· Domestica
I. A émilien
ÉMILIEN, déjà, dans le feuillage pâle,Le tardif olivier noircit sa baie ovale ;Dans le bosquet, déjà, sous les arbousiers verts,Tombe le globe rouge, annonce des hivers.Le lentisque visqueux et l’amer térébinthe,Comme aux rivages grecs d’Argos ou de Corinthe,Sur leur branche ont dressé les grappes de corail,Dont le soleil couchant fait miroiter l’émail.Au buisson frissonnant, vois frétiller la queueDu merle effarouché, pillant la graine bleueDes myrtes odorants. Près de nous familier,Avec novembre en deuil, au gîte hospitalier,Le plaintif rouge-gorge est revenu. Des treilles,Par moments, l’on entend choir les feuilles vermeilles.Écoute ma prière, écoute, il faut venir.La brune Phydilé, de sa main diligente,Dans le vase d’argile a voulu réunirCe que laisse de fleurs une automne indigente.Pour fêter l’hôte aimé, de son bras elle faitResplendir l’or du cuivre et le brun du buffet.Sur la table, la nappe, à l’odeur de lessive,Étale en plis égaux ses blancheurs, que raviveL’éclat pur du cristal. Il reste, il reste encor,En un coin du cellier, un peu de ce vin d’orOù pétille l’argent. Hâte-toi, presse l’heure :Accours pour égayer ma rustique demeure ;Et regardant, muets, Phébos s’évanouirDans un lointain pourpré, tâchons de réjouirNos fronts appesantis et nos esprits moroses,Et des derniers rayons et des dernières roses.
3 novembre 1884.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources