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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pauca Paucis, 1894· Première série· Domestica

II. Premier sourire

Clair Tisseur· 32 vers

A la mémoire de mon frère Jean.

HIER, c’était la neige et le morose hiver.Aujourd’hui l’air est tiède et limpide, et l’AusterMurmure dans les pins sonores. Les nuéesFont un voile léger sur les horizons bleusOu traînent mollement dans le ciel lumineux.La Naïade jaillit. Les glèbes dénouéesVont entr’ouvrir leur sein à la première fleurEngendrée aux baisers de l’humide Chaleur.Sous le buisson déjà naissent les violettes ;Déjà le cœur tremblant, ô vieux rêveur, tu guettesLe bourgeon qui rougit sur l’amandier tout noirDont l’étoile bientôt en neige va pleuvoir.Demain le beau Printemps posera son pied roseSur la fauve colline ; il sourit ; toute choseTressaille. Descendu des grands sommets neigeux,Vois courir le dieu Pan sur les sillons fangeux.Sous ses pas fécondants partout la vie émerge.Cypris, insidieuse, en l’âme de la viergeA glissé les soucis et les vagues désirs.Elle-même, étonnée à ses propres soupirs,Elle se sent troublée d’une honte inconnue…Oui, c’est ta première aube, ô Printemps enchanté,Car du bosquet voisin saluant ta venue,Pour la première fois la mésange a chanté !

Et le Printemps de fleurs, comme l’Hiver de glace,Et nuages, soleil, vent attiédi, tout passeIndifférent, sans cœur, sur le mort refroidiEt dormant son sommeil sous l’herbe qui verdit.Tout passe et tout revient ; tout change et tout demeure ;L’astre, chaque matin, éveille la même Heure ;Tout revient… Mais pour lui, vainement dans le bois,La mésange a chanté pour la première fois.

Nyons, 24 janvier 1888.

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources