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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pauca Paucis, 1894· Première série· Domestica

IX. A joseph garin

Clair Tisseur· 44 vers

OUI certes, mieux vaudrait en de longs entretiens,Semer à tous les vents les fleurs de sa pensée,Et se voir et s’entendre et perdre en mille riensL’heure charmante et vaine et trop vite passée,Que tourner tristement ma plume embarrassée,Ou de ton cœur aimable et bon attendre encorQu’un mot fasse le calme en mon esprit discord.Ainsi l’ont décidé l’inclémente vieillesseEt les maux qu’un docteur nomme, explique… et nous laisse.Mais l’humble Patience a rendu plus légerCe que les dieux n’ont point permis de corriger.Les divins Olympiens, sur la terre féconde,Ont mesuré sa part au débile mortel,Et le chaume succède à la récolte blonde.Qu’importe un moi chétif à l’ordre universel ?Lorsque l’hiver glacé survient, l’olive mûreDoit tomber de la branche, et regrets ou murmureSeraient des soins perdus, qu’il se faut épargner.

Nous fumes, après tout, dans les heureux du monde.Que d’autres, sur leur nef, ont vu se déchaînerLes vents plus courroucés, la mer plus furibonde !Combien ont plus lutté, plus souffert, et combienDes dieux sourds ont reçu plus faible part de bien !Quelle âme pourrait être à la pitié fermée,Quand tant de nous, pareils à la louve affamée,Ne savent où quérir la pâture du soir !

Ainsi, de toutes parts, sur la terre opprimée,De toutes parts éclate un injuste pouvoir !S’il nous faut, ignorants, croire la renommée(Toi si docte en tout point, toi tu le dois savoir),Trente-neuf ans seraient le lot des Éphémères,Le lot commun donné par Zeus. — Combien de tempsN’ai-je point détourné votre part, ô mes frères !Ne m’enviez point trop ces hivers insultants,Car nul ne saurait fuir la noire Destinée ;Chacun porte sa plaie à son flanc obstinée.

Mais il n’est point séant, à l’homme plein de jours,De répandre son âme en irritants discours,La vieillesse au mortel est indulgente encoreSi le doigt peut errer sur la lyre sonore ;Si, lorsque dans les flots va sombrer le soleil,Il peut, en attendant le suprême sommeil,Voir lui sourire encor, dans la lueur confuse,Le visage serein et clément de la Muse.

1888.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources