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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pauca Paucis, 1894· Première série· Domestica

VII. A Phydilé

Clair Tisseur· 87 vers

Sous mon toit envahi par la rose et le lierre,Phydilé, tout reluit sous ton active main ;Nul atome oublié de sordide poussièreNe souille l’aire blanche en rustique sapin.Un cœur ferme et vaillant habite en ta poitrine,Car la claire Pallas, aux yeux d’aigue-marine,Qui chérit les fuseaux, prit soin de t’octroyerLes dons qu’elle réserve aux femmes vigilantes,Habiles aux travaux paisibles du foyer.Dès qu’Éôs a rayé de ses lueurs sanglantesLa noire Nuit couvrant la Terre au large sein,Tu te lèves, hâtive, et roulant ton desseinD’ordonner chaque chose en ma simple demeure,Tu vas, tu viens sans bruit, troublée et pressant l’heure.Tu prépares mon lit, qui conservait encorDans ses replis creusés la tiédeur de mon corps ;Et du lait fraîchement tiré l’onde écumeuseEmplit déjà l’écuelle antique. Impétueuse,Tu fuis à la fontaine, et tandis qu’Hélios,Sur son beau char divin montant dans l’Ouranos,Brunit de ses baisers ta nuque sinueuse,Ton bras de Paros pur fait voler le battoir,En agile cadence ; ainsi l’humble cigale,Collée à l’olivier, de sa noire cymbaleFait retentir l’Éther sonore. Et je crois voirLa blanche Phéacienne et ses vierges chériesLavant les beaux linceuls pour les noces fleuries.Puis droite sous le faix, malgré tes membres las,Tu reviens, en marchant comme une canéphoreSur le pavé luisant du temple de Pallas.

Mais bientôt d’autres soins t’appellent : c’est l’amphoreA remplir ; et le feu, sur lequel, transpercé,Rôtit le tendre agneau qui, parmi les yeuses,Broutait hier le thym dans les rocs dispersé ;C’est le tourdre, gonflé des graines savoureusesDu genièvre épineux ; c’est le mantil tout blanc,Relevé des cristaux du verre étincelant ;Car tu n’as pas voulu qu’une main mercenaireTe prêtât son secours ; quel être téméraireOserait dans son cœur prétendre aux mêmes soins ?

Puis tu cours pressurer le jus âpre des coings ;Sur l’échelle émonder l’arbre de la déesseChère aux fils de Pélops, pour que l’olive, épaisseEt grasse et reluisante, en reçoive du prix ;Arroser tes lauriers, qu’Hélios a flétris,Ou cueillir dans le bois la pomme résineuseQui plaît au dieu du thyrse, et qui viendra, ce soir,Réjouir de sa flamme accorte et généreuseL’âtre au cuivre luisant autour du foyer noir.

Tout est en ordre enfin ! Harassée, haletante,Tu plonges ton esprit dans quelque livre ; ou bien,De notre humble portique, à la treille tombante,Tu suis le cirrhus d’or qui glisse, aérien,Sur l’océan de pourpre. En ton âme agitée,Tu vas m’interrogeant : — « Et que recèle HesperQui là-bas, dans l’azur faiblissant de l’éther,A déjà fait briller sa lumière argentée ?Quels sont les habitants d’Hédos ou d’OrionOu des astres roulants ? Dans quelle portionDe l’immense Ouranos siègent les dieux augustes ?Où sont les champs d’azur promis aux hommes justes ? »Tu veux savoir quels dieux il vaut mieux honorer,Et par quels sacrifices on les doit célébrer ;Si l’homme, fait d’argile, est plus qu’un ver de terre ;Que nous garde la mort à son instant sacré,Et quel Tirésias a percé le mystère ?Tu recherches le juste et demande le vrai !

Calme ton corps fiévreux et ton âme troublée.A chaque jour suffit son labeur. Laisse fuirLes fleuves bondissant de l’étroite valléeA la mer où les dieux les font s’évanouir ;Laisse passer le chœur des Heures au pied rose ;Les dieux, les sages dieux ont bien fait toute chose.Nul ne sait rien de Zeus, le Maître foudroyant !L’Au-delà se dérobe à l’esprit défaillantDu mortel insensé comme à celui du sage.Que fait le nom du dieu, qu’importe son image ?Souviens-toi seulement que sur un humble autelOu crépitent, pieux, le froment et le sel,Une innocente main, offrant une colombe,Apaise mieux le ciel que la riche hécatombe,Hommage du méchant. Si faible que tu sois,Ton pouvoir est bien grand : c’est de suivre les lois,Œuvre des Immortels justes ; et résignée,D’attendre en paix le soir d’une brève journée.Quelle que soit la main qui supporte les cieux,Garde ton âme pure, et laisse faire aux dieux !

Octobre 1885.

87 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources