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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pauca Paucis, 1894· Première série· Domestica

XI. A propos des élégies romaines

Clair Tisseur· 47 vers

A Georges Cogordan.

GŒTHE, je relisais, pensif, cette élégieOù, par le jeu divin d’enchantements secrets,Tu fais saillir aux yeux éblouis l’effigieDe la noble beauté romaine. J’admiraisComme à la vie antique associant ta vie,Tu règles l’ardeur même aux lois de l’eurythmie,Au point que dans ton vers, fait de frémissement,Nul ne sait qui l’emporte, ou l’artiste ou l’amant.Limon par toi doué d’une chair immortelle,Certes, par tous les dieux, que ta Faustine est belle !Je te vois dans la nuit, quand sur son dos charmant,D’un doigt léger comptant et la longue et la brève,Tu vas scandant un vers commencé dans le rêve.Mais l’aurore fleurie entr’ouvre l’orient ;Souriante, elle amène un jour plus souriant,Un plus suave éveil à ce dormir suave.— O de la Beauté reine, ô trop heureux esclave !Ton bras craintif passé sous le col arrondi,Le flot des cheveux noirs inondant ta poitrine,Tu suis le rythme pur de son souffle attiédiQui sort, parfum léger, de sa rose narine.Pour fixer ton regard sur ces membres divins,Pour jouir plus longtemps de leur vue apaisante,Je te vois refermer d’une main complaisanteCes yeux, ces yeux aimés qui s’ouvraient incertains ;Tu suis ces beaux contours, simples et grands ; tu crainsD’y porter un toucher profane ! Tu contemplesTa vivante Vénus, comme un païen ferventContemplait sa déesse au profond de ses temples.Silencieux, troublé, tu te courbes devantLe Pouvoir éternel des formes souveraines !

Mais pour que la chaleur de ton hymne émouvantAvec mon sang figé circulât dans mes veines,Pour vivre de ta vie, ô poète ! il faudraitL’âge des cheveux noirs et de l’émoi secret,L’âge où l’âme enfiévrée est toute de mystères,L’âge étrange où l’on hait les couches solitaires.Il faudrait que la Parque oublieuse eût des ansLaissé tarir le fleuve. — Et tes dards embrasantsOnt glissé sur mon cœur tranquille et doux, ô Gœthe !Des chiens hurlant jadis la turbulente meuteNe s’est point réveillée au son de tes beaux vers.Tout repose oublié sous les neigeux hivers…Je ne regrette rien. L’âme enfin délivréeDe l’écume qui bout dans le flanc du mortel,Cette âme sans désirs, sans troubles, est entréeDéjà pour une part au sein de l’éternel,

47 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources