Pauca Paucis, 1894· Première série· Domestica
IV. A saint-Elpis
QUAND nous étions à Saint-Elpis, mon âme,C’était en août, le deux, — te souviens-tu ?…Sur le donjon, d’un vieux lierre vêtu,Le soleil d’or lançait des jets de flamme.Sous la chaleur s’inclinaient les épis,Quand nous étions à Saint-Elpis.
Quand nous étions à Saint-Elpis, petite,L’Allier sonore allait baisant ton pied.D’un tronc couché nous prîmes la moitié,Pour nous asseoir sous une clématite.Mousses et fleurs ne faisaient qu’un tapis,Quand nous étions à Saint-Elpis.
Quand nous étions à Saint-Elpis, ma vie,Nous nous aimions déjà sans le savoir.L’un près de l’autre heureux, jusques au soirOn demeura muet, sans autre envie ;Ne songeant guère à Thomas à Kempis,Quand nous étions à Saint-Elpis !
Si nous étions à Saint-Elpis, ma belle,Sous ces rocs noirs qui défendent du jour,Je te dirais, tout enfiévré d’amour :Je t’aime, ô ma sauvage fleur d’airelle !Si j’osais… trop…, répondrais-tu : « Tant pis !… »Si nous étions à Saint-Elpis ?
30 octobre 1875.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources