Pauca Paucis, 1894· Première série· Nugæ
V. Ambitions
O CŒUR humain, ô cœur toujours insatiable,Au feu des passions cire à tous biais ployable,Cœur que l’âpre désir de tout temps enflamma !
L’un dit : « Déesse aveugle, à mes vœux acquiesce :« Fais que, sans mon labeur, l’or inonde ma caisse !« Au moins, fais-moi gagner le lot du Panama ! »
L’autre : « Si je pouvais avoir cette fortune,« Prenant le vent propice et la passe opportune,« D’être élu député par cent mille voyous ! »
L’autre : « A mon nom bourgeois voir, comme auxiliaire,« Un beau titre sonnant le fief nobiliaire,« Et quoique né Martin, m’appeler Montesquioux ! »
L’autre : « Après les accès de volupté brûlante,« Posant mon front lassé sur sa gorge opulente,« M’endormir une nuit près de Sarah Bernhardt ! »
Cet autre : « Devenir très fort sur le trombonne,« Et, beau comme un verrier qui souffle une bombonne,« Jouer tout Lohengrin sans faire un seul canard ! »
L’autre : « Aux yeux des badauds pantois, mener tapage« Par mes chiens, mes chevaux, mes grooms, mes équipages,« Et, truffé jusqu’aux yeux, faire au grand prix courir ! »
Pour moi qui n’entends rien aux splendeurs de la vie,Moins vaste est mon dessein, plus humble mon envie :Je voudrais bien passer cette nuit sans souffrir.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources