Pauca Paucis, 1894· Première série· Nugæ
VI. Songe
L’AUTRE nuit, je rêvais. — Rêve étrange ! Mon âmeAvait quitté mon corps inerte, et l’ÉternelLa jugeait. Le moment, certes, est solennel !J’étais craintif, tremblant… Tout d’un coup je me pâme !
Car, dans les plateaux d’or de l’ange Gabriel,Mes péchés l’emportaient !… J’implore, je m’exclame :« Vous savez si jamais pour autrui j’eus du fiel,« Si de lui j’enviai bœuf, âne… ou même femme !
« Hélas ! si je péchai souvent contre le ciel,« C’est qu’on avait, Seigneur, enduit d’un trop doux miel« Le bord de cette coupe où je puisai la flamme !
« Mon crime le plus lourd fut un trop faible cœur.— « Il fallait d’un bras fort briser la coupe infâme !— « J’aurais voulu vous voir à ma place, ô Seigneur ! »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources